Un chasseur furtif D-35 survolera de nouveau Gatineau au cours samedi et dimanche.

Une redoutable machine de guerre dans le ciel de Gatineau

CHRONIQUE / Vous avez peut-être entendu son furieux grondement vendredi après-midi. Quand le chasseur furtif F-35 a traversé à basse altitude le ciel de l’aéroport de Gatineau, un rugissement d’enfer a envahi tout l’espace. Des gradins où j’étais posté, j’ai même vu un début de nuage supersonique se former sur ses ailes triangulaires. Ouf, quelle machine de guerre. J’en ai eu des frissons.

Aucun doute, le chasseur de 80 millions est LA vedette incontestée du spectacle aérien Aéro-Gatineau. Et vendredi, le pilote du F-35, un certain Andrew « Dojo » Olsen, a multiplié les acrobaties en répétition générale. Piqués, chandelles, tonneaux, loopings, manœuvres à basse vitesse : le guide du combat aérien y est passé au complet. Le tout commenté au micro par un animateur survolté (en anglais seulement, quel dommage !) et au son d’une musique rock de circonstance. L’avion a même fait un passage à basse vitesse pour nous montrer sa spacieuse soute à bombes — bien entendu vide pour l’occasion !

La présence du F-35 à Gatineau n’aurait aucun rapport, nous dit-on, avec l’appel d’offres lancé récemment par le gouvernement canadien. Le chasseur de la firme américaine Lockeed-Martin est en lice pour remplacer les vieux CF-18 de l’aviation canadienne. Aucun rapport ? Si vous le dites.

Après le F-35, un « vieux » CF-18 est justement venu s’exécuter dans le ciel de Gatineau. Il a fait les mêmes manœuvres que le F-35 — mais au ralenti. En moins haut, moins vite, moins agressif.

Pas vrai, Billie ?

Le chasseur de la firme américaine Lockeed-Martin est en lice pour remplacer les vieux CF-18 de l’aviation canadienne.

Je ne vous ai pas présenté Billie Flynn : une gueule d’acteur, des cheveux taillés en brosse et le sourire confiant du héros. L’image hollywoodienne du pilote de chasse ! Ce qu’il est : cet ex-pilote canadien de CF-18, qui a fait la guerre du Kosovo, est aujourd’hui pilote d’essai chez Lockeed-Martin au Texas. Et à 61 ans, ce gars élevé à Ottawa, carbure toujours à l’adrénaline.

« Tu me demandes la différence entre un CF-18 et un F-35 ? J’ai volé sur CF-18 pour la première fois il y a… 35 ans. As-tu encore quelque chose chez toi qui date de 35 ans ? Tout ce que j’ai d’aussi vieux, c’est un chapeau de poils hérité de ma mère. Le CF-18 est au F-35, ce qu’un flip phone est au iPhone 10… »

Il m’a parlé des ordinateurs de bord ultrasophistiqués, du casque spécial qui permet de voir à travers les parois de l’appareil et de repérer des cibles à distance. « Un peu comme le casque de Tony Stark dans les films d’Iron Man ! » blague Billie.

Un simulateur de vol dans un cockpit de F-35 a été installé par la firme Lockeed-Martin.

Mais le gros avantage du F-35 sur tous les avions de l’ancienne génération, c’est son invisibilité. Les radars ne le détectent pas. Pour le Canada, glisse-t-il, ce serait un atout indéniable pour défendre sa souveraineté dans le Grand Nord ou le long de la côte du Pacifique. « La menace aujourd’hui, ce sont les missiles sol-air. Ils peuvent abattre un CF-18 à plus de 100 milles de distance. Dans un F-35, l’ennemi ne peut vous attaquer. Vous êtes invisible. »

Et vous savez quoi ? J’ai piloté un F-35.

Lockeed-Martin a installé un simulateur de vol dans le hangar des Ailes d’époque. Sous la supervision d’un autre pilote de chasse, j’ai bombardé un aérodrome ennemi. Pour tout vous dire, le F-35 se pilote tout seul. « C’est voulu, m’a expliqué Billie Flynn. Le travail du pilote n’est pas de faire voler l’avion. Mais de se concentrer sur ce qu’il voit sur les écrans. C’est une sorte de jeu vidéo très sophistiqué. Toute l’attention du pilote doit être tournée à comprendre ce qu’il voit dans les airs et au sol. Pas vers le pilotage lui-même. »

Et c’est comment, Billie, voler dans un vrai F-35 ?

Lors d’un virage serré à haute vitesse, le pilote est soumis à une force de 9G — 9 fois son propre poids. Un choc d’une incroyable violence pour le corps humain. Même sa combinaison de vol anti-G n’y change rien. « C’est atrocement douloureux. Les vaisseaux sanguins de mes bras, de mes flancs, de mon ventre, de mes jambes éclatent sous la violence du choc. Ça fait vraiment, mais alors, vraiment mal. »

Ça a l’air terrible, Billie ! « Et pourtant, j’adore ça. La poussée d’adrénaline aux commandes d’un F-35 est incomparable avec tout ce que j’ai vécu auparavant. Et pourtant, j’en ai vécu des choses excitantes dans ma vie ! C’est fascinant ce que cet avion peut faire. »

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POUR Y ALLER

Quoi ? Aéro-Gatineau 

Quand ? Samedi et dimanche

Où ? Aéroport exécutif de Gatineau

Renseignements : aerogatineauottawa.com