Un test de français échoué brise le rêve de MIchelle Frenette.

Un rêve brisé par un test de français

CHRONIQUE / Un échec à l’examen de français de l’Université d’Ottawa a brisé net le rêve de Michelle Frenette.

À 42 ans, cette mère de trois enfants souhaitait réorienter sa carrière dans le domaine de l’enseignement en Ontario. Ça tombe bien, il y a une pénurie de profs dans la province de Doug Ford.

Elle s’inscrit donc à l’examen de compétence linguistique en français. C’est un passage obligé pour tous les candidats au programme de formation en enseignement. Rien de plus normal. Si tu veux enseigner en français, il faut que tu maîtrises suffisamment la langue.

D’ailleurs, Michelle Frenette est convaincue de réussir l’examen haut la main. Elle en est tellement certaine qu’avant même de le passer, elle a planifié ses gardiennes pour son retour aux études.

Après tout, elle est francophone. Avec, en poche, deux baccalauréats, un en chimie, l’autre en administration des affaires. Tous deux réalisés en français.

Le test de français de l’UQAM, elle se rappelle l’avoir passé haut la main dans le temps. Durant sa carrière dans l’industrie pharmaceutique, c’est elle qui traduisait les documents de l’entreprise de l’anglais au français. « Et dans ma famille, rigole-t-elle, c’est moi qui reprends tout le monde pour les fautes en français. »

Vous voyez le genre ?

Mais quand elle reçoit sa note de l’Université d’Ottawa, c’est la douche froide. Un échec. Michelle Frenette ne comprend pas. Un échec ? Une mauvaise note, peut-être. Mais un échec ?

Tous ses plans d’avenir sont chamboulés.

Elle écrit à l’Université d’Ottawa pour demander une révision de sa note.

On lui répond que le résultat est sans appel puisqu’une réévaluation de la note a déjà été faite. Améliorez votre français, et réessayez-vous l’année prochaine, lui conseille l’Université d’Ottawa.

Michelle Frenette est non seulement sous le choc, mais aussi insultée qu’on lui demande d’améliorer son français…

Elle aurait aimé voir sa copie corrigée. Rien de plus normal, non ? Ce devrait être son droit le plus strict. On apprend de nos fautes, de nos erreurs. C’est la base de l’apprentissage. En tant qu’institution d’enseignement, l’Université d’Ottawa est bien placée pour le savoir. D’autant plus que l’examen incluait la rédaction d’un texte argumentaire, dont la correction était forcément teintée d’une part de subjectivité.

Mais l’Université d’Ottawa refuse de lui remettre sa copie corrigée.

« La journée de l’examen, dit Michelle Frenette, ils nous ont spécifiquement avertis que nos examens seraient détruits après la correction et qu’ils ne seraient pas disponibles pour révision sous prétexte qu’un trop grand nombre de gens font l’examen. »

J’ai voulu confirmer ces informations avec l’Université d’Ottawa. Qui a refusé de le faire, malgré mon insistance. « Nous ne pouvons commenter le dossier personnel d’un/une candidat/candidate », m’a-t-on indiqué par courriel.

C’est n’importe quoi. Je n’ai jamais demandé à l’Université d’Ottawa de commenter un dossier personnel. Seulement de s’expliquer sur un processus d’admission qui manque sérieusement de transparence.

J’ignore si Michelle Frenette est aussi bonne en français qu’elle le prétend. Je ne la connais pas. Mais là n’est pas la question.

Quand une institution compromet le rêve d’une carrière en enseignement, il lui faut rendre des comptes à la candidate qui en fait la demande. Lui donner l’occasion d’apprendre de ses erreurs.

C’est la moindre des choses.