Patrick Duquette

Un pont en confinement

CHRONIQUE / Avez-vous lu votre Droit de mardi matin?

On y apprenait que le vénérable pont Alexandra a de gros problèmes de structure.

Entre les branches, mon collègue Mathieu Bélanger a appris que le vieux pont de métal pourrait se retrouver au rancart plus tôt que prévu.

Alors qu’on comptait sur lui pour encore 5 à 10 ans.

En temps normal, ce serait la catastrophe.

Un pont interprovincial fermé entre Gatineau et Ottawa?

Ç’aurait été la panique.

Comment la région pourrait-elle survivre avec un lien interprovincial en moins?

Des milliers d’automobilistes dépendent des ponts pour aller travailler.

Dans le monde d’avant, des politiciens auraient profité des déboires du vieux pont Alexandra pour refaire leur pitch.

«Voyez, mesdames et messieurs, c’est bien la preuve qu’il nous faut un sixième pont!»

C’était avant le confinement.

Aujourd’hui, on apprend que le pont Alexandra est fermé pour une durée indéterminée?

Ouin, pis? On s’en fout.

Un pont en confinement n’émeut personne. Il n’y a pas un chat sur les routes!

C’est juste pour dire à quel point la COVID-19 a le don de remettre les choses en perspective.

Soudain, on réalise que le travail à la maison est peut-être une solution économique à nos problèmes de transport.

Équiper des fonctionnaires fédéraux pour travailler de chez eux coûte moins cher qu’un nouveau pont.

Le télétravail n’est pas LA solution miracle à tous nos ennuis de transport.

Que non.

Confidence ici: je n’en peux plus des visioconférences. Je m’ennuie de parler à des collègues en chair et en os. De prendre une bière sur une terrasse bondée du marché By. Vous aussi, j’en suis certain.

Mais je dois reconnaître que je suis plus efficace et moins stressé depuis que je travaille de la maison.

C’est fou comme il nous reste du temps libre une fois soustrait le temps perdu à faire des aller-retour vers le boulot.

J’ai le temps de cuisiner, de faire du sport, de passer du temps de qualité en famille. De jogger chaque jour dans le quartier.

L’air me semble plus pur ces jours-ci. Le ciel plus bleu.

Mais l’avantage suprême du télétravail, ce sont les routes vides aux heures de pointe.

On a publié un reportage photo éloquent là-dessus. Les images sont saisissantes: une autoroute 50 pratiquement déserte à 8 h du matin. Quelques rares véhicules sur le pont des Draveurs à l’heure du retour, vers 16h…

L'autoroute 50 à la hauteur de La Vérendrye, à 8h

Ce virus nous aura au moins démontré que les longues files d’autos solos ne sont pas une fatalité.

Qu’il y a moyen de faire autrement.

Avant de crier qu’il nous faut un sixième pont au plus vite, j’espère qu’on y pensera à deux fois.

On voit ces jours-ci qu’il existe des moyens efficaces de décongestionner les routes sans dépenser des milliards.

L’obligation du télétravail nous ouvre les yeux sur de nouvelles possibilités.

Cette période de confinement nous oblige à innover, à penser en dehors des cadres établis.

Restons dans cet état d’esprit pour faire face aux nombreux défis qui nous attendent avec la reprise.

Entre autres, ce léger déficit de 252 milliards qui pointe à l’horizon dans le budget fédéral.

Ça coûte cher, un nouveau pont.