Il ne semble pas y avoir une vision pour le Quartier-du-Musée à la hauteur des ambitions de la Ville.

Un peu d’audace, que diable

CHRONIQUE / Pour tout vous dire, j’étais déçu.

Je lisais l’article de mon collègue Charles-Antoine Gagnon sur la mise en valeur culturelle du Quartier-du-Musée à Gatineau.

On parle d’organiser des visites guidées, d’installer des panneaux pour rappeler l’histoire de ce quartier, jadis le haut-lieu de la bourgeoisie canadienne-française de Hull.

Des visites guidées ? Des panneaux ? Oui, mais encore ?

Faut-il rappeler que la Ville de Gatineau a dit non aux tours Brigil pour préserver ce quartier patrimonial ? Quand tu fais échec à un projet de 400 millions financé entièrement par le privé, il me semble que tu dois avoir une vision de rechange à la hauteur. Que tu as une obligation morale de proposer quelque chose d’ambitieux.

Des visites guidées, des panneaux, ça me semble plutôt mince comme proposition.

Des gens m’ont dit : calme-toi, Duquette. Rome ne s’est pas construite en un jour. Le quartier Saint-Roch à Québec non plus. Pas plus que le Vieux-Montréal. Ces endroits-là ont été des trous perdus avant de devenir des hauts lieux du tourisme et de la culture. La priorité, c’était de protéger ce qui restait d’unique dans le Quartier-du-Musée. La mise en valeur viendra en son temps.

OK, je me calme.

De toute manière, m’a dit un collègue, que verrais-tu s’installer dans le Quartier-du-Musée ? Une grande roue ? Des feux d’artifice ? Un zoo ?

Bien non, nono.

Je verrais le quartier s’animer davantage. Je pensais qu’on stimulerait le volet commercial. Qu’on penserait à des moyens pour le lier avec le Musée canadien de l’Histoire, juste de l’autre côté de la rue.

Connaissez-vous le Kensington Market à Toronto ? C’est ça que je verrais dans le Quartier-du-Musée. Un quartier multiculturel, un peu bohème, avec des cafés, des boutiques, qui séduirait autant les touristes que la faune locale. Quelque chose comme la rue Principale à Aylmer, ou comme le quartier Westboro, à Ottawa. Un développement à « échelle humaine », comme disent les urbanistes.

Vous savez quoi ?

J’imaginais une démarche plus rassembleuse que ce que fait présentement la Ville de Gatineau. Bien sûr qu’il faut impliquer les gens du patrimoine et les résidents. Mais n’oublions pas les commerçants, les gens d’affaires, la population en général. Le débat sur les tours Brigil était devenu l’affaire de toute la ville de Gatineau. Il doit en être ainsi du quartier du Musée.

Remarquez que des visites guidées, ce n’est pas un si mauvais départ. Avant d’aller plus loin, Gatineau doit convaincre les sceptiques — ils sont nombreux — que le Quartier-du-Musée vaut effectivement la peine d’être protégé et mis en valeur.

On s’entend, le Quartier-du-Musée ne sera jamais cité au patrimoine de l’UNESCO. Mais c’est un des rares vestiges qui restent de notre passé. Un quartier où a habité le député de l’Union nationale Alexandre Taché, un quartier qui compte une dizaine d’immeubles construits avant 1888. Même le plan cadastral — des rues étroites, des maisons rapprochées les unes des autres — est celui d’origine.

Le Quartier-du-Musée a survécu aux grands feux, aux expropriations massives et à l’appétit vorace des promoteurs. Il a la couenne dure. D’une certaine manière, ce quartier-là est un symbole de résilience. Ça vaut plus qu’une visite guidée, non ?