Le Dr Gilles Aubé, du groupe Équité Outaouais

Tant qu’à bâtir un hôpital

CHRONIQUE / Si le gouvernement Legault est sérieux dans sa volonté de construire un nouvel hôpital en Outaouais, pourquoi il n’en construit pas un gros, un vrai ? Un véritable hôpital régional de 400-500 lits ?

Ce ne serait pas la première fois qu’on parle de remplacer les deux petits hôpitaux actuels de Hull et Gatineau par un gros hôpital régional qui regrouperait en un seul endroit toutes les spécialités, les soins intensifs et les blocs opératoires.

De mémoire, c’est le Dr Gilles Aubé qui a soulevé cette idée le premier alors qu’il était candidat péquiste en 2008. Pour lui, ça n’avait aucun sens que les soins spécialisés soient répartis entre deux hôpitaux.

Il donnait l’exemple d’un patient avec une prostate bloquée et des problèmes de cœur. Pour la prostate, les spécialistes sont à Hull. Pour le cœur, c’est à Gatineau. « Tu ne peux pas couper les patients en deux ! », disait-il. Il ne se gênait pas non plus pour rappeler que d’autres régions du Québec, contrairement à l’Outaouais, ont depuis longtemps un hôpital régional digne de ce nom.

L’idée avait fait son bout de chemin. En 2012, toujours sous l’impulsion du Dr Aubé alors président de Santé Outaouais 2020, plus de 200 médecins s’étaient prononcés en faveur de la création d’un mégahôpital régional. Les membres du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du centre de santé avaient aussi signifié leur appui.

Mais les libéraux, qui s’apprêtaient à rénover à grands frais les urgences de deux hôpitaux, avaient rejeté l’idée, la jugeant utopique. « Un vœu pieux ! » avait tranché la députée de Hull, Maryse Gaudreault. D’autres critiquaient la vision « hospitalo-centriste » du projet. Au lieu de bâtir des hôpitaux, disaient-ils, il vaut mieux investir davantage dans les soins de proximité, comme les CLSC.

Bref, cette idée d’un mégahôpital régional est retombée dans l’oubli. Sept ans plus tard, c’est le temps de la ressortir des boules à mites. D’abord et avant tout, parce que le gouvernement au pouvoir a lui-même ouvert la porte à la construction d’un nouvel hôpital urbain en Outaouais.

Le problème, c’est que l’engagement de la CAQ porte sur la construction d’un « petit » hôpital de 170 lits. L’idée a séduit les électeurs. Mais des experts doutent que l’ajout d’un troisième hôpital sur le territoire de Gatineau améliore réellement la situation. Au contraire, en dispersant les équipes médicales entre trois hôpitaux, il ne ferait qu’amplifier les problèmes liés à la pénurie de main-d’œuvre.

En remplaçant plutôt les deux hôpitaux actuels par un gros établissement régional, on regrouperait les ressources disponibles au lieu de les disperser. Ce serait plus facile et pour les médecins, et pour les patients. Tout en favorisant le recrutement de spécialistes qui préfèrent travailler dans un seul hôpital, moderne de préférence…

L’Outaouais peut même rêver à un centre hospitalier universitaire avec l’ouverture de la faculté satellite de médecine en 2020. Pourquoi l’Outaouais n’aurait pas son CHUO, comme Montréal a son CHUM et Québec, son CHUQ ?

Quant aux deux hôpitaux existants, on pourrait les transformer en CHSLD ou en résidences privées pour les aînés.

Maintenant, est-ce réaliste ?

Je l’ignore. Construire un hôpital régional est une entreprise coûteuse et de longue haleine.

Alors que les besoins en santé sont aussi immenses qu’immédiats. Mais l’idée vaut la peine d’être réexaminée. Ne serait-ce que pour faire ressortir à quel point la construction d’un petit hôpital, comme le propose la CAQ, ne règlerait rien.

Il reste que ce gouvernement est le premier, depuis longtemps, à proposer de bâtir un nouvel hôpital dans la région.

Il s’est aussi engagé à sortir l’Outaouais de l’ombre. Pourquoi ne pas en profiter pour rêver et voir grand, pour une fois ?