Patrick Duquette
Notre chroniqueur Patrick Duquette s'est rendu au parlement en trottinette électrique en libre service.
Notre chroniqueur Patrick Duquette s'est rendu au parlement en trottinette électrique en libre service.

Rodéo en trottinette

CHRONIQUE / Petits vlimeux, va.

Je lisais qu’à Paris, des jeunes s’organisent des courses de trottinettes électriques sur les Champs-Élysées.

Ils prennent le départ à 15 ou 20, dopés au protoxyde d’azote, un gaz hilarant en vente libre dans les grands magasins (il sert en principe à la fabrication de la crème Chantilly).

Bref, le regard hagard, les participants slaloment comme des fous entre les touristes, parfois dressés sur la roue arrière de leur trottinette, dans un dangereux rodéo nocturne.

Un Fast and Furious halluciné qui affole touristes et commerçants, rapportait cette semaine Le Parisien.

Pourquoi je vous raconte l’anecdote ?

Parce que les trottinettes électriques en libre-service ont fait leur apparition à Ottawa cette semaine. Et comme partout où elles atterrissent, leur réputation de fautrices de troubles les précède...

Même Montréal a rayé de ses rues les trottinettes électriques cette année, refroidie par l’incivilité des conducteurs. Seulement 20 % des trottinettes étaient remisées aux endroits appropriés. La plupart étaient abandonnées un peu partout, encombrant les trottoirs, les pistes cyclables, les rues…

Bref, Ottawa a décidé de tenter malgré tout l’expérience de la trottinette en libre-service. Mais à sa façon. Ottawa la prude, toujours jalouse de sa tranquillité au prix de passer pour une ville plate, s’est arrangée pour garder le contrôle sur les trottinettes.

Tellement que je me demande si ce projet-pilote a la moindre chance de réussir.

Notre chroniqueur Patrick Duquette a fait une balade en trottinette électrique en libre service dans les rues d’Ottawa.

***

La faute n’incombe pas au moyen de transport en lui-même. Avec des collègues, j’ai « testé » une trottinette électrique cette semaine. Une petite escapade dans les rues du centre-ville d’Ottawa au guidon d’un bolide noir de Bird Canada.

Rien à redire sur l’engin lui-même.

Après quelques minutes, j’arrivais à me tenir droit sur le marchepied. Et à bien doser la manette de l’accélérateur située sur le guidon. Mine de rien, ça va vite ces engins-là. La trottinette est calibrée pour rouler jusqu’à 20 km/h…

Rien à redire sur la technologie non plus.

Il suffit de télécharger une application pour localiser les trottinettes disponibles au centre-ville. Nous en avons vite repéré deux, rue Clarence, en plein cœur du Marché By. En un rien de temps, nous avions débloqué nos machines. L’application permet de payer par carte de crédit. Tarif : 1,15 $ pour démarrer, puis 0,35 $ la minute.

Où va-t-on ? ai-je demandé à mes collègues.

Et c’est là le problème.

Les trottinettes électriques en libre service sont offertes à Ottawa depuis une semaine.

***

Ottawa interdit aux trottinettes de rouler sur les trottoirs — rien de plus normal. Mais la conduite sur les sentiers qui longent le canal Rideau, un choix logique pour les touristes, est également prohibée. Interdiction également de traverser les ponts vers Gatineau ou d’emprunter la rue Sparks — une rue piétonne du centre-ville.

Que reste-t-il comme option si on veut se rendre, par exemple, du marché By ou du Musée des beaux-arts jusqu’au Parlement ? Il reste les pistes cyclables qui ne forment pas un réseau continu. Et la rue qu’il faut partager avec les autobus, les gros camions et les voitures qui nous filent à deux pouces des oreilles.

C’est ainsi qu’on s’est rendu au Parlement, d’abord en empruntant la piste cyclable sur Sussex (tout va bien), puis la rue Wellington où il nous a fallu partager l’étroit accotement avec les autobus qui déchargent leur passagers sur la colline. Dans le trafic intense, nos trottinettes nous semblaient soudain lentes et vulnérables.

On est revenus par Laurier, puis Cumberland où il nous a fallu zigzaguer entre des cônes orange et des camions parfois inconscients de notre présence à une intersection.

Quand j’ai stationné ma trottinette au Musée des beaux-arts, mon compteur affichait une facture de 17,11 $ pour une escapade de 7 kilomètres qui aura duré 40 minutes.

Si j’ai aimé ça ? Somme toute, oui.

Mais tant qu’à faire du rodéo, j’aurais préféré que ce soit sur les Champs-Élysées…