Pour l’instant, les gens ont peu de réponses. La nature a horreur du vide et les gens se serviront tout naturellement de leur imagination pour combler les bouts de l’histoire qui manque.

Que s’est-il passé?

CHRONIQUE / Est-ce que la tragédie d’OC Transpo, qui a fait 3 morts et 23 blessés vendredi, a miné la confiance de la population envers le transporteur public ?

C’était la grande question au lendemain de la tragédie, alors que la compétence de la conductrice, de même que la sécurité des autobus à deux étages se retrouvent sur la sellette.

Le Ottawa Citizen a révélé que la conductrice dont l’autobus s’est écrasé vendredi contre un abri de la station Westboro a été impliquée dans deux autres collisions durant la dernière année. D’après les informations du quotidien, elle serait toujours en probation. Après l’accident de vendredi, la conductrice en question a été arrêtée puis interrogée par la police, avant d’être relâchée sans qu’aucune accusation ne soit portée contre elle. Les autorités ont insisté sur le fait qu’il ne fallait tirer aucune conclusion hâtive de cette arrestation.

Quant aux autobus à impériale qui font partie de la flotte d’OC Transpo depuis la fin des années 2000, on note qu’il n’existe pas, pour ce type de véhicule, de normes de sécurité fédérale en matière de protection contre les chocs. Alors que c’est le cas pour les autobus scolaires et les automobiles, par exemple. En tout cas, l’accident a permis de constater une chose: les abris de la station Westboro, qui étaient déjà réparés lundi matin, sont pas mal plus solides que la carcasse de tôle des autobus à deux étages. Peut-être qu’il faudrait songer à retirer les marquises comme on l’a fait sur la rue Rideau – ou à renforcer les autobus à deux étages.

La tragédie soulève donc beaucoup de questions.

Mais jusqu’ici, rien pour ébranler la confiance de la population envers OC Transpo. Au contraire, le service a repris comme si de rien n’était, dimanche soir, à la station Westboro. Les autobus à impériale ont recommencé à circuler sur le trajet. Apparemment, les gens n’ont pas peur. Mon collègue Patrick Dignard, qui emprunte régulièrement des autobus à deux étages sur la ligne 277, a pris l’habitude d’aller s’asseoir à l’endroit le plus exposé: à l’étage, en avant, à droite.

« C’est la place la plus confortable, je peux poser mes gants et mon café », m’a-t-il expliqué. Tragédie ou pas, il n’a pas l’intention de déroger à ses habitudes. Un accident est un accident, dit-il. Mais l’histoire du Ottawa Citizen l’a ébranlé, lui qui tient pour acquis que les chauffeurs d’OC Transpo ont la compétence nécessaire pour conduire les gros autobus à impériale. « Ça fait réfléchir cette histoire-là. Si c’est vrai, que faisait-elle au volant ? », se demande-t-il.

Les autorités auront à répondre à cette question, et à bien d’autres, au terme de leur enquête qu’on annonce longue et laborieuse. En attendant, le maire Jim Watson a mis en garde la population contre la tentation de tirer des conclusions hâtives.

Il a raison, mais je comprends les gens de spéculer. Ils veulent comprendre. Comment un autobus de la ligne 269 a-t-il pu dévier de son chemin et s’empaler de la sorte sur une marquise en acier ? Une erreur humaine ? Le soleil éblouissant ? Une plaque de glace noire ?

Pour l’instant, les gens ont peu de réponses. La nature a horreur du vide et les gens se serviront tout naturellement de leur imagination pour combler les bouts de l’histoire qui manque.

Il y a sûrement moyen de leur donner un début de réponse. Après tout, nous ne sommes pas devant un écrasement d’avion qui n’a fait aucun survivant. On parle d’un accident survenu en pleine heure de pointe, devant des dizaines de témoins et des caméras de surveillance.

C’est bien beau d’éviter les spéculations. Mais plus longtemps on attendra avant de divulguer le fil des événements, plus la machine à rumeur risque de s’emballer.