Sonia Béland a voulu partager sa passion de la course à pied avec son amie Karine Dupuis, paraplégique depuis l’âge de 18 ans.

Prêter ses jambes à son amie

CHRONIQUE / L’amitié est parfois le point de départ de bien belles choses.

Au départ, tout ce que voulait Sonia Béland, c’était partager son plaisir de courir avec sa meilleure amie Karine Dupuis, paraplégique depuis l’âge de 18 ans. Une idée qui a finalement mené à la création des Courses partagées de Gatineau. Mais n’allons pas trop vite !

Sonia Béland, pour vous donner une idée, fut la toute première femme pompière de Gatineau. À 40 ans aujourd’hui, elle est directrice de la sécurité civile. Lors des inondations, des tornades, elle est sur la ligne de front.

Une femme de défi donc. Sans compter que cette mère de deux enfants est une sportive accomplie. Chaque fois qu’elle se trouve à la ligne de départ d’une course - duathlon, triathlon, 10 km ou autre - Sonia pense à Karine, son amie d’enfance, sa complice de toujours. « Chaque fois, je me dis que j’aimerais partager mes jambes avec Karine. Lui faire vivre la fébrilité au départ d’une course », raconte Sonia Béland.

Au fil du temps, une idée folle a germé dans sa tête. En mai 2018, alors qu’elle courait un 10 km avec des collègues à Ottawa, elle prend une résolution. Elle courra son tout premier demi-marathon (21 km) en 2020 avec sa meilleure copine à ses côtés.

« Je me suis dit que ce serait un beau défi et une excellente source de motivation. Pour mon amie, qui ne pourra jamais relever un tel défi, ce serait une expérience unique. En plus d’être un beau cadeau pour nos 40 ans à toutes les deux… »

Sans rien révéler de son projet à Karine, Sonia entreprend des démarches pour se procurer un fauteuil adapté à la course. Elle reluque un modèle de la compagnie Kartus. Mais à 4600 $, il n’est pas donné. Et la compagnie n’en loue pas. C’est l’impasse. Qui allait se dénouer de manière inattendue.

Au fil de ses recherches, elle tombe sur les Courses partagées de Sherbrooke. Un neurologue de l’endroit, Marc Therrien, a acheté six Kartus. Avec des collègues du système de la santé, il a créé une activité qui consiste à jumeler des coureurs avec des « co-coureurs » incapables de courir. Tout le monde y trouve son compte. Les coureurs en suent un bon coup. Les co-coureurs, confortablement installés dans les Kartus, profitent du paysage.

Sonia Béland s’est dit : pourquoi on ne ferait pas la même chose à Gatineau ? Son projet prenait une ampleur imprévue. Qu’à cela ne tienne, elle a amorcé des démarches auprès du conseil municipal et de l’Amicale des personnes handicapées physiques de l’Outaouais. En quelques semaines, elle amasse assez d’argent pour acheter deux Kartus. Et jeter les bases de ce qui deviendra Les Courses partagées… de Gatineau.

Le jour où elle a pris possession des Kartus, Sonia Béland a texté sa chum. Pour lui partager son rêve : courir un demi-marathon avec elle. « Mettons qu’elle a gâché mon maquillage ce jour-là », raconte Karine Dupuis. Mais elle n’a pas hésité une seconde à suivre son intense amie dans l’aventure. « Je suis habituée à ses folies, rigole-t-elle. Je peux te raconter la fois où elle m’a amenée faire du parachute… »

Et c’est ainsi que depuis juillet, un groupe d’irréductibles se rassemblent tous les dimanches matins au chalet du lac Leamy. Les Courses partagées de Gatineau sont nées. Coureurs et co-coureurs s’inscrivent à l’avance. À partir de 9 h, il y a six départs. Avec deux coureurs pour chaque co-coureur. « Il y en a un qui pousse, un qui jase », résume Sonia Béland en riant.

L’activité compte déjà plusieurs habitués. « Les sourires et les yeux des gens disent tout. Les personnes âgées ou handicapées, ça les sort de leur routine. Ils peuvent jaser et être écoutés en toute sécurité », raconte Sonia.

Quant aux deux grandes amies, elles s’entraînent pour leur demi-marathon. Karine adore se faire conduire en Kartus. Une expérience qui la change agréablement de son propre fauteuil roulant. « C’est la liberté totale. Je peux m’abandonner. Sentir le vent, admirer le paysage, jaser sans souci… »

Oui, l’amitié mène parfois à de bien beaux projets.