Patrick Duquette
Le gouvernement Legault affirme que c’est le bien-être des enfants qui justifie la réouverture des écoles.
Le gouvernement Legault affirme que c’est le bien-être des enfants qui justifie la réouverture des écoles.

Prêt, pas prêt, on y va

CHRONIQUE / Dans son plan pour rouvrir les écoles, le ministre québécois de l’Éducation, Jean-François Roberge n’a évoqué aucune mesure de protection pour la santé des professeurs.

«Rien, zip!», m’écrit une prof indignée. C’est à se demander, poursuit-elle, si le gouvernement veut nous utiliser comme cobaye pour tester le taux de contagion des adultes…

Je doute que ce soit l’intention cachée du gouvernement. Mais je m’étonne tout de même de l’absence de mesures de protection. Les profs du primaire seront sur la ligne de front d’ici deux à trois semaines. Exposés à un virus qu’on connaît encore mal. Qu’on leur donne au moins un casque et un fusil.

Je lisais qu’à Taïwan, les écoles n’ont jamais été fermées. Entre autres, parce que des mesures de prévention ont été prises dès que les premiers cas ont été signalés dans ce pays durement touché par l’épidémie de SRAS en 2003.

Selon ce que rapporte La Presse, on prend la température corporelle deux fois par jour dans les écoles taïwanaises. Une fois à l’arrivée des élèves, le matin, et une autre fois après la sieste de l’après-midi. Quant au masque, il est obligatoire pour tous. Même les profs enseignent avec un masque. Si un enfant se présente à l’école avec le nez qui coule, il est renvoyé illico presto à la maison. Pas de niaisage.

Est-ce qu’on fera preuve d’autant de rigueur dans nos écoles? Je l’ignore. Mais je note que ce n’est pas dans notre culture de porter un masque. Ni de renvoyer les petits morveux à la maison. Si on le faisait, les classes seraient à moitié vides durant les longs mois d’hiver.

Quant à l’absence de mesure de protection pour les profs, je n’arrive plus à comprendre. Est-ce parce que la Santé publique considère les masques comme une mesure inefficace? Ou si c’est parce qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde?

Ces jours-ci, on nous dit une chose et son contraire. Jeudi dernier, Legault voulait déconfiner le Québec pour bâtir l’immunité collective. Quatre jours plus tard, l’immunité collective n’est plus un argument valide sur le plan scientifique. C’est maintenant le bien-être des enfants qui justifie la réouverture des écoles. La raison a beau être tout aussi valide, le changement de discours a de quoi laisser perplexe le citoyen le mieux intentionné.

Autre enjeu immense: comment un prof se débrouillera-t-il pour s’occuper à la fois de 15 élèves en classe et de 15 autres à la maison? Le tout, dans un contexte de pénurie d’enseignants? Ça m’apparaît comme une tâche difficile, voire impossible.

Et puis, pourquoi cette précipitation? L’Ontario se donne au moins jusqu’au 31 mai pour rouvrir les écoles. Ici, les profs disposeront de deux semaines pour s’ajuster à la règle du 2 mètres. Il faudra revoir les façons d’enseigner. Adieu les travaux d’équipe. Exit également les jeux collectifs dans la cour de récréation ou au gymnase. Verra-t-on le retour de l’enseignement magistral derrière une vitre de plexiglas?

Les ministres Jean-François Roberge et Mathieu Lacombe ont annoncé lundi la réouverture progressive des écoles et des CPE.

Des syndicaux reprochent au gouvernement de transformer l’école primaire en garderie. Et même si c’était le cas? Les gens ont besoin de travailler pour payer l’épicerie. À l’école, les enfants pourront revoir leurs amis, même à distance. Quant aux plus vulnérables, ils y retrouveront un milieu sécuritaire.

Et puis, comme l’a dit François Legault, la vie continue. L’argument en vaut bien d’autres. À partir du moment où la situation risque d’être la même en septembre (pas de vaccin, pas de garantie sur l’immunité collective), pourquoi ne pas tenter un retour graduel alors que la pandémie est encore sous contrôle? On redonnera aussi un peu d’espoir au peuple qui vit de plus en plus difficilement le confinement forcé.

N’empêche...

J’écoutais Legault, Roberge, Lacombe et cie lundi. Et je pensais au jeu de cachette de mon enfance. On comptait jusqu’à dix. À la fin, on disait: prêt, pas prêt, j’y vais...