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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Les infirmières font partie de celles qui travaillent avec plus de contraintes à cause de la pandémie, mais pour pas une cenne de plus.
Les infirmières font partie de celles qui travaillent avec plus de contraintes à cause de la pandémie, mais pour pas une cenne de plus.

Pourquoi pas une relance féministe ?

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CHRONIQUE / On parle beaucoup de la relance économique qui suivra la pandémie au Québec. Certains la souhaitent la plus écologique possible. Mais pourquoi pas une relance verte… et féministe ?

L’idée mérite d’être soulevée à la veille du 8 mars, la journée internationale de la femme, célébrée depuis 60 ans dans le monde.

Même s’il manque encore de chiffres pour l’étayer, on peut présumer que la pandémie a fait reculer les droits des femmes au Québec. De la même manière que les mesures d’austérité du gouvernement Couillard avaient frappé plus durement les femmes au milieu des années 2010.

Les femmes sont au front de la COVID depuis le début. Que ce soit dans les hôpitaux, les CHSLD ou les résidences privées pour personnes âgées. Dans le réseau de la santé, ce sont en majorité des femmes qui ont tenu le fort au cours de la dernière année. Souvent au prix de leur vie familiale, voire de leur santé mentale et physique.

Dans les milieux de l’éducation et de la petite-enfance, ce sont aussi des femmes qui sont en majorité sur la ligne de front. C’est grâce à elles que nos enfants continuent de recevoir une éducation à peu près normale. Grâce à elles encore qu’une bonne partie de la population peut continuer à travailler et à faire rouler l’économie.

Le virus les force à travailler avec davantage de contraintes… pour pas une cenne de plus.

Dans les deux cas pourtant, on tarde à reconnaître leur contribution à la société. À valoriser leurs emplois. Les infirmières sonnent l’alarme depuis des mois. Les profs aussi. Signal éloquent de leur désir d’être encouragés et reconnus : les grands syndicats d’enseignement se sont donné des mandats de grève ces dernières semaines…

Dès qu’on parle de pauvreté, d’immigration, de communautés autochtones, ce sont les femmes encore qui sont encore les plus malmenées par cette pandémie. Les plus à risque d’être abusées, violentées…

L’idée d’une relance économique « féministe » n’est pas de moi. Elle a été soulevée dès le mois de novembre dernier par des groupes de femmes au Québec. 

« Les plans de relance des dernières années ont favorisé les secteurs d’emplois à majorité masculine », déplorait alors le Réseau des tables régionales des groupes de femmes du Québec, pressant le gouvernement Legault d’éviter de répéter les erreurs du passé.

C’est vrai que les grands plans de relance ont l’habitude de s’appuyer sur de grands travaux d’infrastructures. Quoi de mieux qu’un grand chantier de construction pour remettre l’économie en marche ?

Quand Télésat a annoncé, à la mi-février, la création de 320 nouveaux emplois à Gatineau pour diriger sa flotte de satellites de télécommunications, tout le monde a applaudi ce « saut dans l’espace ». Mais encore ici, il s’agit d’emplois surtout en ingénierie et en informatique, des secteurs majoritairement masculins.

« Après la relance de 2008-2009, une recherche de l’IRIS avait démontré que des projets comme le Plan Nord avait deux fois plus de répercussions positives sur les hommes. Les femmes sont souvent oubliées dans les plans de relance », note encore Isabelle Cousineau de l’organisme AGIR Outaouais.

Le gouvernement Legault s’est souvent fait reprocher d’être un boy’s club. Il a une belle occasion de corriger cette perception.

Les groupes de femmes jugeraient « inacceptable » que leur rôle dans la reprise économique ne soit pas à la hauteur de leur participation sociale à la lutte contre la pandémie. Difficile de leur donner tort !

Est-ce que, pour une fois, on peut leur donner la place qui leur revient ?

Vivement une relance féministe.