Le gouvernement de l’Ontario a décidé d’augmenter la vitesse maximale permise de 100 à 110 km/h sur une portion de l’autoroute 417.

Pensez-y 5 minutes

CHRONIQUE / On nous répète que la vitesse tue. C’est même écrit en lettres rouges sur les panneaux. Et puis qu’apprend-on ? Que l’Ontario augmente la vitesse maximale permise de 100 à 110 km/h sur l’autoroute 417, entre Gloucester et le Québec. Cherchez l’erreur.

Quelle mouche a piqué le gouvernement de Doug Ford ? À qui veut-on plaire avec une telle mesure, présentée pour l’instant comme un simple projet-pilote ? Officiellement, l’Ontario souhaite « explorer de nouvelles façons d’améliorer la circulation sur les routes provinciales », d’après le communiqué du ministère des Transports.

Les pro-vitesse diront que la limite de 100 km/h émane d’une autre époque. Que les véhicules modernes sont plus sûrs et plus maniables à grande vitesse. Et c’est vrai.

Mais les conducteurs, eux, n’ont pas changé. Plus la vitesse est élevée, moins ils ont de temps pour réagir au danger. Surtout s’ils conduisent d’une main et textent de l’autre…

Autre aspect à considérer : « À des vitesses plus élevées, les conducteurs font des erreurs plus catastrophiques », constate Gordon Lovegrove, un chercheur britanno-colombien cité par Radio-Canada. Bien tiens !

Les autorités ontariennes ont également rappelé que 6 autres provinces du Canada ont déjà augmenté les limites de vitesse à 110 km/h ou plus sur certaines autoroutes. Autrement dit : si tout le monde le fait, fais-le donc !

Un peu court comme argument.

Surtout qu’en Colombie-Britannique, une expérience visant à hausser les limites de vitesse à 120 km/h sur 1300 kilomètres d’autoroute, en 2014, s’est avérée peu concluante. Là-bas, la sécurité routière s’est nettement détériorée sur les routes où la vitesse était plus élevée. Le nombre d’accidents mortels y a plus que doublé (+118 %). Quant aux réclamations d’assurances liées à des blessures, elles ont grimpé de 30 %, selon l’étude cosignée par M. Lovegrove en 2018. Confronté aux données, le gouvernement de la Colombie-Britannique a reculé. Et réduit la vitesse sur 570 kilomètres d’autoroute.

Ceci dit, il faut reconnaître que l’Ontario joue d’une certaine prudence. Elle teste la limite de 110 km/h sur trois petits tronçons d’autoroute (417, 402 et Queen Elizabeth Way) avant d’aller plus loin. En outre, les tronçons choisis ont été retenus précisément parce qu’ils permettent une conduite à grande vitesse sans risque indu, avec de longues lignes droites et des bretelles de sorties espacées les unes des autres.

D’ailleurs, pour ceux qui connaissent le trajet visé sur la 417, c’est le grand bout plate entre Ottawa et Montréal. Un trajet que j’ai parcouru un nombre incalculable de fois. En luttant pour ne pas m’endormir d’ennui entre Casselman et Hawkesbury…

Je serais le premier heureux de mettre plus vite derrière moi ce tronçon monotone à mourir. Mais j’ai fait le calcul.

Il y a 102 kilomètres d’autoroute 417 entre Gloucester et le panneau Bienvenue au Québec.

Si je roule à 100 km/h, je fais le trajet en 61 minutes.

Si je roule à 110 km/h, je complète le parcours en 56 minutes.

Autrement dit, la nouvelle limite de vitesse me fait gagner un gros 5 minutes.

À supposer, bien sûr, que les conditions soient idéales et qu’il n’y ait pas un seul cône orange sur le parcours.

Pourquoi risquer de se retrouver avec plus d’accidents mortels pour un gain de temps si minime ?

Pensez-y 5 minutes…