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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Les super pouvoirs de Pedneaud-Jobin [VIDÉO]

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CHRONIQUE / Comment, le maire de Gatineau ne briguera pas un troisième mandat? La nouvelle m’a jeté par terre, comme un peu tout le monde qui s’intéresse à la politique municipale.

Pensez-y deux secondes: le maire de la 4e plus grande ville du Québec décide de quitter par lui-même. Alors qu’il a le vent dans les voiles, qu’il est quasi assuré de se faire réélire l’automne prochain, que la qualité de son travail est vantée par les autres maires, Jim Watson et Régis Labeaume en tête…

En apprenant son départ, j’ai eu la même réaction qu’en écoutant Superman 2, à l’âge de 10 ans. C’est le film dans lequel Clark Kent renonce à ses super facultés par amour pour Lois Lane. Le ti-cul que j’étais ne pouvait concevoir qu’un superhéros puisse renoncer au fabuleux pouvoir de voler dans le ciel. Il est fou, ou quoi?

De même, Maxime Pedneaud-Jobin avait réuni tous les pouvoirs dont il pouvait rêver. Bien en selle à l’hôtel de ville, il jouissait d’une influence considérable aussi bien à Québec qu’à Ottawa. Bref, il avait de nombreux atouts en main pour mettre «Gatineau sur la mappe», le rêve qu’il caressait alors que son parti politique n’était encore qu’une vague idée.

Et comme il l’affirme lui-même, il y sera parvenu dans une large mesure. «Notre ville parle d’une voix forte, prend sa place et influence les débats québécois et canadiens», dit-il. C’est vrai, et c’est beaucoup grâce à son habileté politique. La même habileté politique qui fait royalement suer ses adversaires, autant au conseil municipal que dans certains milieux d’affaires et parmi ce qu’on appelle en Outaouais la «vieille garde libérale».

Pourquoi quitter en si bon chemin?

Il ne l’a pas dit en ces mots-là, mais je vais les dire pour lui: parce qu’il est écoeuré d’être maire. Pas écoeuré de Gatineau, pas écoeuré des citoyens, pas écoeuré de son parti, ni même écoeuré de la politique. Juste écoeuré d’être maire. Même Superman s’était écoeuré d’être invincible.

On a beaucoup parlé des deux inondations et de la tornade qu’il a dû gérer. Sans compter la pandémie. C’est le genre de tragédies qui marquent. Comme maire et comme humain. En même temps, je ne pense pas que c’est la raison qui le pousse à partir.

Comme leader, tu t’accomplis en temps de crise. Regardez François Legault: il n’a pas été élu pour gérer une pandémie. Mais il s’affirme dans l’adversité. Ces gens-là carburent au pouvoir. Ils aiment prendre des décisions sous pression. Une inondation, une tornade, une pandémie, les meilleurs sont taillés sur mesure pour passer au travers. Peut-être parce que les chefs n’ont jamais l’impression d’être aussi utiles que lorsque les citoyens ont besoin de leur gouvernement.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin en compagnie du PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, lors des inondations au printemps 2019

Non, si quelque chose a usé Maxime Pedneaud-Jobin, je soupçonne que c’est davantage le train-train quotidien. La guerre de tranchées pour faire avancer ton programme, tes idées, à travers une administration qui avance à son propre rythme, avec sa propre logique. Il n’y a rien de plus usant que de combattre de vieilles habitudes.

Le départ de Maxime Pedneaud-Jobin rebrasse totalement les cartes de la course à la mairie. Bien des candidats potentiels n’osaient pas se présenter contre lui, de peur de se faire démolir. Ils vont maintenant reconsidérer leur décision. Et c’est une bonne chose pour la démocratie. Le parti du maire a dominé la majorité des débats politiques au cours des huit dernières années. Son départ laissera peut-être émerger d’autres idées, d’autres visions pour l’avenir de Gatineau.

Quant au maire, il ne renoncera pas à ses superpouvoirs très longtemps. Il a développé un réseau de contacts impressionnants à Québec et à Ottawa. Tous les partis politiques vont le courtiser. Ma prédiction de gérant d’estrade? Maxime Pedneaud-Jobin va se présenter pour la CAQ dans Papineau en 2022. Le ministre Mathieu Lacombe va lui céder son comté pour se présenter dans Terrebonne où il réside maintenant.

Quelqu’un veut gager?