Le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Paul-Étienne Saint-Laurent

Le sac du soldat Saint-Laurent

CHRONIQUE / Francine Saint-Laurent ouvrira aujourd’hui un colis bien spécial. Il contient le sac à dos que son père, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, a perdu en 1944 alors qu’il combattait les troupes nazies dans les montagnes italiennes. Soixante-quatorze ans après avoir été égaré, le fameux sac militaire est sur le point de révéler ses secrets.

L’objet a été retrouvé dans une vieille grange des Apennins, en août 2018, par un collectionneur italien du nom de Lorenzo Campus. « Il était suspendu à un mur. Le vieux fermier l’avait gardé tout ce temps. Par chance, la grange n’était pas humide. Tout était bien conservé », raconte l’Italien de 23 ans.

Pendant plus d’un an, une question obsédera Lorenzo Campus : qui diable est donc P.E. St-Laurent ?

Fait inusité, le sac était marqué d’une série de chiffres et d’une inscription : 47068 P.E. St-Laurent. C’est à partir de cet indice, très mince, que le jeune passionné d’histoire militaire a entrepris ses recherches. Lorenzo Campus s’est en effet mis en tête de découvrir le propriétaire du sac. « Pour moi, c’était important de le rendre à la famille », raconte-t-il de son domicile d’Arezzo, en Toscane. Son propre arrière-grand-père a combattu au sein des troupes alpines italiennes durant le conflit mondial. « Si quelqu’un avait découvert le sac de mon aïeul, ç’aurait été génial qu’on tente de me le remettre ! », dit Lorenzo.

Sa quête sera plus ardue que prévu. Pendant plus d’un an, une question obsédera Lorenzo Campus : qui diable est donc P.E. St-Laurent ? Il écumera les forums spécialisés et les archives en ligne. Ses recherches le mèneront très vite au Canada. Mais il se butera à une impasse devant la difficulté d’accéder à des archives militaires. En désespoir de cause, il contactera des musées canadiens. De même que la CBC, à Montréal, afin de retracer la famille du soldat Saint-Laurent.

Pendant ce temps, au Canada, Francine Saint-Laurent amorçait ses propres recherches pour obtenir le dossier militaire de son père. Or il s’adonne que le soldat Paul-Étienne Saint-Laurent, matricule 47068, a combattu au sein du Royal 22e régiment pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a survécu. À son retour au pays, il s’est établi dans la région d’Ottawa-Gatineau pour y élever ses cinq enfants. Il est décédé en 1993.

« Comme bien des vétérans, mon père ne parlait pas beaucoup de la guerre. Mais on savait qu’il avait participé à la campagne d’Italie. Il en parlait d’ailleurs avec une certaine fierté dans la voix », raconte Francine. De fait, Paul-Étienne Saint-Laurent avait toutes les chances de se trouver dans la région montagneuse des Apennins, en août-septembre 1944. Les Canadiens du Royal 22e tentaient d’y enfoncer les lignes nazies au prix de meurtriers combats…

Le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Paul-Étienne Saint-Laurent

Bref, les investigations de Francine Saint-Laurent, conjuguées à celle de CBC, lui vaudront de recevoir un appel inattendu de Bibliothèque et Archives Canada. « C’est là que j’ai appris l’existence du sac à dos. Là que j’ai su que Lorenzo essayait de joindre la famille », raconte-t-elle, encore ébahie de ce concours de circonstances. À partir de là, les événements se sont précipités. Il y a eu des reportages. La famille Saint-Laurent a joint Lorenzo. Fidèle à sa promesse, le jeune Italien a expédié subito presto le fameux sac à dos par la poste.

Il est arrivé jeudi dernier au domicile montréalais de Francine Saint-Laurent. L’ouverture du colis est prévue pour mercredi, en compagnie des membres de la famille. Des stations de télé filmeront le grand moment. « Lorenzo m’a dit qu’il y avait une surprise à l’intérieur. Une lettre de mon père », raconte Francine. « Dans le sac à dos, il y a un nom, confirme pour sa part Lorenzo depuis l’Italie. Ce qui me rend le plus heureux, c’est que la mémoire et l’histoire de la famille Saint-Laurent soient de retour à la maison. Après 74 ans ! »

Le sac à dos prendra ensuite le chemin du musée de la Citadelle de Québec, port d’attache du Royal 22e régiment. Quant à savoir dans quelles circonstances le soldat Saint-Laurent a perdu l’objet, le mystère demeure. « Dans son dossier militaire, raconte Francine, j’ai lu qu’il n’en pouvait plus d’entendre les sifflements des bombes et le bruit assourdissant des explosions. A-t-il abandonné son sac en fuyant un bombardement ? »