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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le promoteur privé et membre d’Action Gatineau, Wassim Aboutanos, affirme que n’importe qui aurait pu obtenir l’information que lui a confiée son « ami » au cabinet du maire : à savoir que les propriétaires des six terrains qu’il reluquait, près du Gîte Ami, voulaient vendre à tout prix.
Le promoteur privé et membre d’Action Gatineau, Wassim Aboutanos, affirme que n’importe qui aurait pu obtenir l’information que lui a confiée son « ami » au cabinet du maire : à savoir que les propriétaires des six terrains qu’il reluquait, près du Gîte Ami, voulaient vendre à tout prix.

Le mal est fait

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CHRONIQUE / C’est rare, très rare, que le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, se retrouve dans l’embarras sur une question d’éthique et d’intégrité.

Même que sur ces enjeux-là, c’est lui qui a le plus souvent fait la leçon aux autres au cours de sa carrière politique.

Et ce n’est pas pour rien.

Il a fondé son parti Action Gatineau à une époque où le feuilleton le plus écouté au Québec était la commission Charbonneau, avec son cortège de fonctionnaires corrompus et d’entrepreneurs collusionnaires…

Maxime Pedneaud-Jobin a créé un parti politique en s’engageant à y laver plus blanc que blanc. À le tenir loin de tout trafic d’influence, conflit d’intérêts et autres malversations.

Et quand on place soi-même la barre aussi haute, on n’a pas le droit à l’erreur, même infime.

C’est pour cela que cette affaire d’informations « possiblement » privilégiées coulées par le cabinet du maire à Wassim Aboutanos, un promoteur privé membre d’Action Gatineau, risque de faire si mal au parti du maire.

Qu’on le veuille ou non, cet impair vient alimenter la vieille perception que les partis politiques donnent une longueur d’avance aux amis du pouvoir.

Wassim Aboutanos se défend en disant que n’importe qui aurait pu obtenir l’information que lui a confiée son « ami » au cabinet du maire : à savoir que les propriétaires des six terrains qu’il reluquait, près du Gîte Ami, voulaient vendre à tout prix pour échapper aux désagréments causés par le refuge pour sans-abri.

À LIRE AUSSI : Le Groupe Aboutanos donne sa version des faits

Peut-être.

Il reste que M. Aboutanos a bien obtenu l’information du cabinet du maire, qui lui-même l’avait obtenue des propriétaires lors d’une rencontre privée. À mon sens, ça reste de l’information privilégiée au moment où elle a été transmise.

Même si rien de tout cela n’est illégal, même s’il n’y a pas eu fraude, malversation ou mauvaise foi, même si personne ne se mettra riche au final dans cette affaire, il reste ceci : le maire et son cabinet n’ont pas à transmettre à un tiers de l’information qu’ils ont obtenue de manière confidentielle. Encore moins à un promoteur privé, ex-président par intérim d’Action Gatineau et ex-candidat au poste de conseiller dans le district de Limbour, en 2013.

Cette façon de faire ne colle pas avec le discours d’un parti qui cherche à faire les choses « différemment ».

À la décharge du maire, il est allé au-devant des coups dans ce dossier. Sentant que l’affaire flirtait avec les limites du code d’éthique, il a lui-même rendu public un avis juridique le disculpant de toute faute. Ce faisant, il a cependant excité ses adversaires, ravis de trouver un os à ronger à quelques mois des élections.

Trop heureuse de faire la leçon au maire sur son terrain de prédilection, la conseillère Louise Boudrias songe à demander une enquête indépendante pour faire contrepoids à la version du maire.

« S’ils n’ont rien à cacher, ça ne devrait pas être un problème », lance-t-elle. Et c’est de bonne guerre.

Mais que Québec tranche ou non en faveur du maire, le mal sera fait. En politique, la perception est souvent plus forte que la réalité.