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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Depuis deux ans, un résident de Gatineau accumule les détritus sur son terrain malgré un avis d’infraction et une amende.
Depuis deux ans, un résident de Gatineau accumule les détritus sur son terrain malgré un avis d’infraction et une amende.

Le dépotoir de mon voisin [PHOTOS]

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CHRONIQUE / Une vision d’horreur.

Il n’y a pas d’autres mots pour décrire ce que le Gatinois Jean-François Nadeau aperçoit chaque matin, par la fenêtre de sa cuisine, en sirotant son café.

Son voisin immédiat a transformé son arrière-cour en dépotoir. Des détritus de toutes sortes s’y accumulent dans un bordel indescriptible. Débris de construction, vieux fauteuil, bonbonne de propane, canettes de peinture, vieilles bâches, jouets, sacs à ordures…

Même un vieux piano gît sur le sol humide.

Depuis deux ans, un résident de Gatineau accumule les détritus sur son terrain malgré un avis d’infraction et une amende.

Le dépotoir descend en pente douce vers un ruisseau en contrebas. La scène pourrait être idyllique. Mais le voisin a aussi coupé sans autorisation plusieurs arbres de ce qui était autrefois un boisé au charme champêtre.

« Lorsque j’ai acheté ici, ce sont des chevreuils que j’apercevais derrière », soupire M. Nadeau qui réside dans une jolie maison jaune du chemin Rivermead, à deux pas du parcobus.

La situation perdure depuis deux ans malgré les plaintes répétées de M. Nadeau à la Ville de Gatineau. Un avis d’infraction et une amende ne sont pas venus à bout du problème. Et pour avoir visité les lieux, je peux vous dire que le voisin doit enfreindre plusieurs règlements municipaux. Sans compter les accrocs aux lois environnementales liées à la présence d’un ruisseau à proximité.

Pour ajouter au dérangement, le voisin de M. Nadeau est un oiseau de nuit. Il travaille à la lumière d’un gros projecteur dirigé vers son tas de déchets. Il répare des voitures, fait de la soudure. « Il nous a dit qu’il était ferblantier », raconte M. Nadeau. Il s’est même patenté une tyrolienne entre deux arbres, afin de pouvoir transporter ses déchets de l’autre côté du ruisseau. « Le gars est ingénieux comme pas deux, il faut lui donner cela », laisse tomber M. Nadeau, d’un ton presque admiratif.

Mais s’il rit, il rit jaune.

Le soir, il voit son voisin partir sur son tracteur à gazon en direction du chantier de construction, de l’autre côté de la rue. Ses récoltes nocturnes lui ont permis de remplir un gros conteneur à déchets. Quand le propriétaire du conteneur est venu récupérer son bien, dimanche dernier, il a en déversé le contenu… sur le terrain du voisin.

L’été dernier, raconte encore M. Nadeau, quelqu’un est venu camper dans le « dépotoir ». Le voisin avait même installé une toilette sèche, récupérée on ne sait où. L’endroit aurait attiré des itinérants. « Un matin, ma fille est rentrée nous dire qu’un drôle de personnage se promenait sur notre terrain », raconte-t-il.

Pour compliquer l’affaire, son voisin bricoleur n’est que locataire. Le propriétaire louerait les lieux, sans y habiter, à des Ontariens. Une pratique interdite par le règlement municipal. Gatineau hésiterait à envoyer ses inspecteurs en raison des restrictions liées à la COVID, a appris Jean-François Nadeau.

Il s’est même entretenu avec le propriétaire voisin qui se prétend impuissant à mater son turbulent locataire et cherche à vendre pour se débarrasser du problème.

Il ne sait plus à quel saint se vouer.

« On a tout fait by the book. Pourtant, la situation ne fait qu’empirer », soupire M. Nadeau.

Un vrai cauchemar.

***

Que faire quand même une Ville est impuissante à faire disparaître un dépotoir illégal ? En pleine ville, qui plus est ?

Le conseiller du quartier Mike Duggan n’a pas de réponse toute prête. « Ce n’est pas le seul cas difficile avec certains locataires de mon district, mais j’ai déjà résolu la plupart d’entre eux. Pour celui-ci, le propriétaire ne coopère pas et les inspecteurs de la ville sont extrêmement prudents avec les mesures COVID », dit-il.

Je ne peux pas croire que la Ville de Gatineau ne dispose d’aucun outil légal pour intervenir. Pourquoi ne pas aller chercher une ordonnance pour retirer les ordures du terrain aux frais du propriétaire ? Les grosses chaleurs arrivent. La vermine, les odeurs vont se mettre de la partie. Même le ministère de l’Environnement pourrait mettre son nez là-dedans avec les risques de déversement dans le ruisseau.

Et dites-moi : quelqu’un a songé à appeler les services sociaux ?

Mon petit doigt me dit que ce voisin-locataire au comportement obsessif compulsif a besoin d’aide.