Les histoires de la Seconde Guerre mondiale passionnent Léandre Marsolais et l’auteur Nicolas Paquin.

Le casque du soldat Audet

CHRONIQUE / Écrivain et conteur spécialisé dans les histoires de la Seconde Guerre mondiale, Nicolas Paquin m’écrit de Dieppe, en France, pour me raconter une coïncidence incroyable.

L’auteur de Saint-Roch-des-Aulnaies, au nord de Québec, a lu ma chronique sur le sac à dos du soldat Saint-Laurent, retrouvé 70 ans après la guerre, en Italie, par un jeune collectionneur. « Je vis une histoire semblable, mais qui concerne un garçon de 11 ans, un de mes lecteurs de Gatineau », raconte-t-il, encore ébahi par le hasard qui lui a permis de mettre lui aussi la main sur une relique de guerre.

Mais n’allons pas trop vite !

Donc il y a deux ans, un garçon du nom de Léandre Marsolais est allé voir Nicolas Paquin au Salon du livre de l’Outaouais. Il effectuait une recherche sur son arrière-grand-père : Gérard Audet faisait partie des 2000 soldats canadiens emprisonnés par les Allemands après le raid sur Dieppe, en août 1942. La curiosité insatiable du garçon, son désir d’en savoir plus sur la vie de son arrière-grand-père, ont séduit Nicolas. L’écrivain a donc gardé contact avec ce jeune lecteur enthousiaste.

Or vendredi dernier, Nicolas Paquin est en France pour donner des conférences et recueillir des histoires d’anciens combattants. Il y rencontre un historien qui possède un casque militaire canadien retrouvé à Dieppe en 1942. « Il me montre le casque. Et je m’aperçois que c’est celui de Gérard Audet ! Numéro, matricule, nom, régiment : l’écriture est encore lisible dans le casque. »

La coïncidence est d’autant plus forte que le petit Léandre avait en sa possession une photo de son aïeul. Une photo saisissante, prise par la propagande allemande au lendemain du raid sur Dieppe. Le jeune Gérard Audet y apparaît dans un uniforme défait, les traits tirés par une première nuit en captivité. Et pourtant, il a une gueule de héros sur la photo. Le regard noir, la mâchoire carrée, la carrure solide du fermier, le casque appuyé négligemment sur l’arrière du crâne…

Gérard Audet

« Mon ami collectionneur connaissait cette image prise à 100 mètres de chez lui, poursuit Nicolas Paquin. Mais il ignorait que l’homme sur la photo portait le casque qu’il possédait dans sa collection ! »

Troublant, vous dites ? Un peu, oui. Pensez-y. Le raid sur Dieppe a fait 1000 morts parmi les troupes canadiennes. Quelque 2000 autres soldats ont été faits prisonniers par les troupes nazies. Au total, environ 3000 casques ont été confisqués par les Allemands. Quelles sont les chances que, 77 ans plus tard, le casque et la photo d’un même soldat se retrouvent entre les mains du même collectionneur ?

Après sa découverte, Nicolas Paquin a voulu faire plaisir à son jeune lecteur. Il a filmé une vidéo avec le casque. Pas n’importe où : sur les lieux mêmes où la célèbre photo de son aïeul avait été prise le 20 août 1942, à Saint-Nicolas-d’Aliermont. C’est à 15 km de Dieppe, là où Gérard Audet et ses compagnons d’infortune ont passé leur première nuit en captivité.

Si le petit Léandre était content de la vidéo ?

« J’en ai eu les larmes aux yeux », raconte le garçon qui vient de fêter ses 12 ans. Trop jeune pour avoir connu son arrière-grand-père, il en a beaucoup entendu parler. Y compris par son arrière-grand-mère, l’épouse de Gérard, toujours vivante. « On m’a raconté comment Gérard était fort. Il s’est enrôlé dès le début de la guerre, le 14 septembre 1939 », récite-t-il.

Nicolas Paquin tient dans ses mains le casque de Gérard Audet.

Avec un intense souci du détail, il m’a raconté ses découvertes. Son émerveillement en récupérant, chez un vieil oncle, la boîte de souvenirs de guerre de son aïeul. Il y a trouvé une ceinture allemande garnie de « Totenkopf » (têtes de mort). Un trophée de guerre, soupçonne-t-il. Il m’a parlé de la vie de Gérard Audet dans un camp de prisonniers en Pologne. Deux ans de privations qui ont miné sa santé à jamais.

Si le devoir de mémoire est important pour Léandre ? Oui, mais c’est surtout un prétexte pour assouvir sa curiosité. « Mes recherches sur mon arrière-grand-père, c’est comme une enquête », raconte-t-il d’une voix excitée.

J’ai senti que Léandre pourrait me parler toute la journée de son arrière-grand-père. Le héros de son cœur.

« C’est l’fun de tomber sur un enfant qui a des qualités comme celles-là, ajoute Nicolas Paquin. On a besoin de jeunes capables d’une telle sensibilité. Qui sont capables d’éprouver ce que d’autres ont vécu et de le faire ressentir à d’autres. »