Les commentaires que l’on peut lire sur les réseaux sociaux sont parfois haineux et extrêmes.

L’air malsain des médias sociaux

CHRONIQUE / Moi aussi, il m’arrive de désespérer de l’espèce humaine en lisant les bêtises et les commentaires orduriers qui circulent sur les médias sociaux.

Comment des gens généralement civilisés peuvent-ils devenir ouvertement racistes ou sexistes dès lors qu’ils s’expriment dans le monde virtuel ?

Qu’est-ce qui fait que des gens s’autorisent à mettre de côté le respect, la compassion, l’empathie, ces choses qui font de nous des êtres humains et non des bêtes sauvages, dès lors qu’ils se retrouvent seuls devant un clavier ?

Je l’ignore, et ça me dépasse.

Apparemment, je ne suis pas le seul. Ce désarroi, Jérôme Gagnon, un jeune professionnel dans la trentaine de Nicolet, l’exprime avec éloquence dans une lettre publiée par plusieurs journaux de notre groupe de presse, dont LeDroit.

Depuis son adolescence, ce jeune homme se fait un devoir de bien s’informer en lisant au moins un journal et un bulletin de nouvelles par jour. C’est sa manière de contribuer sainement au débat public. Aujourd’hui, il admet qu’il a parfois le goût de concéder la victoire à l’« air malsain » qui flotterait sur le Québec.

Il n’en peut plus du déferlement de sottises, de mépris, voire de haine qui s’exprime sur les médias sociaux. Que ce soit à la suite de la démission de Catherine Fournier du PQ ou de l’incendie qui a coûté la vie à sept enfants syriens à Halifax. « Le Québec que j’aime profondément est-il capable d’autant de méchanceté ? Il semble que oui et ça me fait peur », confie-t-il dans cette lettre.

Lui qui songeait à se présenter un jour en politique remet en question son projet. « Votre haine, votre mépris des institutions, votre rapidité à pianoter le clavier pour composer le texte le plus blessant possible ralentissent les plus ardents et valeureux citoyens », regrette-t-il. Il a intitulé sa lettre : Comment ça va ? Une question à laquelle il répond lui-même à fin : clairement pas !

Je lisais son texte, et je repensais au déferlement de commentaires racistes qui ont suivi les récentes déclarations de la mairesse adjointe de Gatineau, Nathalie Lemieux, sur les musulmans. Vous savez, quand elle a dit : « ces gens-là ne s’intègrent pas », et qu’« on a raison d’en avoir peur » ?

Moi aussi, en lisant les commentaires haineux et racistes qui ont suivi la déclaration de Mme Lemieux les médias sociaux, j’ai découvert un Québec dont j’ignorais l’existence. Un Québec raciste, violent, intolérant. À mille lieues de la société ouverte, accueillante, empathique que je croyais connaître.

Tout comme Jérôme Gagnon, j’en ai perdu du sommeil. Jusqu’à ce que je tombe sur un texte signé par le président de la maison de sondage CROP dans L’Actualité du mois de février. D’après Alain Giguère, il ne faut pas sauter aux conclusions : les médias sociaux ne sont pas le reflet de notre société.

En fait, seulement trois personnes sur dix publient des commentaires, opinions ou contenus de toute nature sur les médias sociaux. Le reste, donc l’immense majorité, se contente de regarder. Ceux qui gueulent sur les médias sociaux sont ceux qui ont besoin d’être reconnus et d’être admirés. Ceux-là sont visiblement prêts à tout. Y compris à proférer les pires saletés pour attirer l’attention.

Alors voilà, Jérôme. Je suis d’accord avec toi. Ils gueulent fort. Ils polluent le débat public. Mais il faut apprendre à leur donner leur juste poids. Qui est moins important qu’on le pense de prime abord. Penses-y avant de leur concéder la victoire.