Selon une étude, 40% de nos ados passent plus de 11 h par semaine devant leurs écrans.

L’accord père-fils

CHRONIQUE / Comment gérer le temps d’écran de notre progéniture?

L’interdiction pure et simple? La période chronométrée? Le free for all?

Comme parent, comme prof aussi, c’est un casse-tête que de trouver la meilleure recette.

Faute de balises scientifiques claires, on navigue du mieux qu’on peut dans le brouillard.

On essaie de s’adapter aux nouvelles technologies, tout en craignant qu’elles ramollissent le cerveau de nos héritiers. Ou, pire, qu’elles créent chez eux une cyberdépendance.

On a raison de s’inquiéter.

Quarante pour cent de nos ados passent plus de 11 h par semaine devant leurs écrans, selon une étude dont faisait état Le Droit de jeudi.

Un parent de la région de Québec, Yves Rousseau, a développé une formule intéressante pour gérer le temps d’écran de son fils de 10 ans.

En revenant de l’école, Thomas lui demande presque toujours la permission de jouer en ligne avec son MacBook. «Chaque fois, je lui rappelle notre accord», me raconte le père.

Un accord?

«Oui, un accord, poursuit-il. Je lui dis: tu veux aller en ligne pour t’amuser? Ok. Mais avant, tu dois lire un texte sur papier. Tu choisis ce que tu veux: prose, poésie, BD, livre sur les sciences… Si tu lis 30 minutes, tu as 30 minutes d’écran. Si tu lis 5 minutes, tu as 5 minutes d’écran.»

C’est tout?

«J’oubliais… On doit avoir un échange père-fils sur le sens de ce qu’il a lu. Qu’est-ce que tu as aimé ou pas aimé? Et pourquoi? Le temps de l’échange compte aussi en bonus pour du temps-écran.»

Et ça marche?

«Le truc fonctionne s’il est appliqué avec constance et sans complaisance», assure M. Rousseau qui chronomètre avec rigueur les temps de lecture et d’écran.

N’est-ce pas exigeant pour le parent aussi? «Oui, j’en suis conscient. Mais les fruits de la récolte valent largement l’effort.»

Sa plus belle récompense?

Quand Thomas revient de l’école et qu’au lieu de demander l’ordinateur, il se précipite chercher un livre dans la bibliothèque. «Quand il tombe sur quelque chose qui l’intéresse, il n’est pas arrêtable, raconte son père. Il peut dévorer 300 pages en 3 jours!»

Yves Rousseau est professeur de cinéma au cégep. Depuis l’arrivée massive des téléphones intelligents sur le marché, il constate un changement dans les salles de classe. L’attitude, le mode de fonctionnement des ados a changé du tout au tout.

«Quand j’étais cégépien moi-même, les corridors et la cafétéria étaient des lieux animés, bruyants. Ça placotait! Aujourd’hui, c’est silencieux. Les étudiants marchent dans les corridors, branchés sur leur téléphone, comme dans un épisode de Walking Dead

Qu’essayez-vous de préserver chez Thomas avec votre fameux accord?

«Son cerveau! Faire de la lecture, apprendre des choses par coeur, c’est comme s’entraîner. Avec la facilité du téléphone intelligent, tu ne muscles plus ton cerveau. Donner des tablettes à des jeunes en déficit d’attention, c’est comme donner de la bière à un alcoolique sous prétexte que c’est moins pire que du fort. En classe, on sait que prendre des notes aide à assimiler la matière. Pourtant, les étudiants d’aujourd’hui ne prennent plus de notes. Ils photographient le tableau à la place!»

«Dans le fond, poursuit le père, je veux que Thomas ait un cerveau bien musclé. Je veux que s’il perd son téléphone, il soit capable de fonctionner sans lui. Je veux que si son GPS tombe en panne, il ait encore la faculté de s’orienter…»