Le coronavirus transforme notre mode de vie et risque d’accentuer l’isolement des plus vulnérables.

La vie à deux mètres de distance

CHRONIQUE / Voilà qu’on doit se terrer chez nous.

Éviter le plus possible les contacts sociaux.

Ne sortir qu’en cas de stricte nécessité.

Au temps du coronavirus, on est en train d’apprendre à vivre à une distance d’au moins deux mètres de nos concitoyens.

Nous avons tous assimilé le concept de «distanciation sociale» en un rien de temps.

À court terme, c’est une nécessité pour ralentir la pandémie.

Mais tout à l’idée de se protéger des gouttelettes infectées, on réalise à peine que le coronavirus est en train de transformer notre mode de vie. Peut-être pour longtemps.

On passe d’un monde hyperconnecté à une société cloisonnée, où les rapports d’humain à humain sont réduits au strict minimum.

Et ces mesures extrêmes qu’on adopte dans l’urgence risquent d’avoir des contrecoups durables.

Comme d’accentuer l’isolement des plus vulnérables.

Je pense aux personnes âgées, une tranche d’âge qui vit déjà les contrecoups d’une autre épidémie: celle de la solitude.

Il y a là un paradoxe. Car la solitude aussi est dommageable pour la santé. Autant que fumer 15 cigarettes par jour, ont établi des chercheurs.

En outre, le sentiment d’isolement compromet la capacité du système immunitaire à combattre… les infections. C’est bon de le signaler ces jours-ci.

Je pense au gouvernement Legault qui a exhorté les gens de 70 ans et plus à rester à la maison.

Marc Desjardins, directeur de la table de concertation des aînés et retraités de l’Outaouais, n’est pas contre.

Sauf que cette mesure de confinement pourrait accentuer le sentiment d’isolement «de centaines, voire de milliers d’aînés de la région. Avec des conséquences qui peuvent être assez graves», craint-il.

C’est une barrière «supplémentaire» pour des gens âgés qui vivent déjà un isolement géographique ou social. Qui sont parfois trop vieux pour conduire. Qui dépendent cruellement des autres pour faire leurs courses ou les transporter à leur rendez-vous médical.

Ceux-là, nous rappelle M. Desjardins, vont souffrir plus que les autres du confinement. Ceux-là seront les premiers à payer si jamais les ressources du système de santé sont toutes mobilisées par la pandémie. Ceux-là encore seront les premiers à payer si leurs rentes sont affectées par la déconfiture des marchés boursiers.

«C’est sans compter que les réseaux d’entraide, chez les aînés, sont bien souvent constitués… d’aînés. On a vraiment une réflexion à faire sur notre structure d’entraide communautaire», poursuit M. Desjardins.

L’antidote?

«Il faut insuffler de l’entraide et de la synergie au tissu social. Et peut-être instaurer une ligne d’aide 2-1-1 comme à Montréal», suggère Marc Desjardins.

Autre suggestion?

Offrir à votre voisin âgé d’aller faire ses courses. En respectant, bien sûr, la «distanciation sociale».

Il faut être de son temps.