Pour des raisons tout à fait légitimes, des gens sont incapables de caser leurs ordures des deux dernières semaines dans le nouveau bac de 120 litres.

La loi, c’est la loi

CHRONIQUE / Gatineau a parfois des allures de ville kafkaïenne.

Les nouvelles poubelles réglementaires de 120 litres sont trop petites pour le ménage de Pierre Beaudry. Son fils souffre d’incontinence, et il doit donc acheter des sacs supplémentaires auprès de la municipalité pour se débarrasser des couches. Une mesure discriminatoire, allègue-t-il, puisqu’il doit payer des frais additionnels en raison d’un handicap.

A-t-il une chance de gagner sa cause ? Sa plainte est-elle seulement recevable ? Je l’ignore.

Mais j’en retiens que son cas d’exception s’ajoute à d’autres cas d’exception qui ont fait la manchette ces derniers temps. Pour des raisons tout à fait légitimes, des gens sont incapables de caser leurs ordures des deux dernières semaines dans le nouveau bac de 120 litres. Dans le lot, il y a des personnes âgées, des garderies et… des parents d’enfants handicapés. Ces gens réclament, souvent à juste titre, des mesures d’exception pour les accommoder.

Que leur répond la Ville de Gatineau ?

Qu’elle ne fait pas d’exception. Que la loi provinciale le lui interdit. M. Beaudry n’a qu’à faire comme tout le monde. Il a droit à son bac de 120 litres et à cinq sacs supplémentaires. Cinq sacs, pas un de plus ! Après, débrouillez-vous. C’est la loi. Et la loi, c’est la loi ! Si vous voulez vous plaindre, allez vous plaindre à Québec. C’est eux qui l’ont édicté, cette loi !

Vraiment ?

À ce que je sache, les poubelles, c’est l’affaire des villes. Le service de base par excellence d’une municipalité. Le b-a, ba d’une ville, sa spécialité ! En outre, voilà des lustres que les villes, Gatineau en tête, réclament que Québec cesse de les traiter comme des « créatures » du gouvernement. Si c’est pour se cacher derrière une loi provinciale à la première occasion, à quoi ça rime au juste ?

Ce serait tellement simple de fournir un plus grand bac à ce père de famille. Ou un second bac. La loi ne le permet pas ? Il n’y a aucun accommodement raisonnable possible ? On me sortira tous les textes de loi au monde : je m’en fous. Un moment donné, il y a aussi le gros bon sens.

Gatineau se targue, avec raison, d’être ouverte à la différence et à la diversité. C’est une ville pleine de ressources, capable de compassion et d’entraide envers ses citoyens les plus vulnérables. Elle en a brillamment fait la preuve lors des deux inondations et de la tornade.

Et soudainement, sous prétexte d’une loi provinciale qui interdit toute exception, on serait incapable de fournir une poubelle de plus à un citoyen qui a en légitimement besoin ?

C’est d’une absurdité sans nom.

Dans un cas comme celui-là, le rôle des élus est de défendre les plus vulnérables. Pas de se cacher derrière une logique bureaucratique déconnectée de la réalité.