L’artiste portugais de renommée mondial Artur Bordallo signe une oeuvre majeur du Sentier culturel, sur la façade de Place du Centre.

La beauté d’un tas de poubelles

CHRONIQUE / Vous avez vu cet artiste portugais à l’œuvre au centre-ville de Gatineau ?

Il s’appelle Artur Bordalo et il est reconnu mondialement pour transformer le contenu des poubelles en magnifiques œuvres d’art.

Maître du street art, il sculpte des animaux à même les détritus qui contribuent à anéantir la faune mondiale. Le message écolo est assez clair !

Ses œuvres sont belles, saisissantes… mais aussi troublantes. Des animaux au regard fait de plastique et de vieux pneus, qui évoquent une révélation de l’Apocalypse.

Pour vous faire une idée de son travail, tapez Bordalo dans Google.

Vous tomberez sur les ratons, lapins, lions, chimpanzés, chiens et chats qu’il a sculptés un peu partout. De Paris à Turin, en passant par Bakou ou Lisbonne, sa ville natale.

Le jeune artiste a beau être en demande partout, les responsables du sentier culturel à la Ville de Gatineau ont réussi à l’attirer ici. Viendrais-tu nous faire une petite sculpture à Gatineau, mon Artur ? Comme il avait un trou en juin, entre un contrat à Lisbonne et un autre à Hambourg, il a dit : pourquoi pas ?

Artur est arrivé lundi à Gatineau. Ignorant ce qu’il allait sculpter sur le grand mur de ciment que Place du Centre lui prête pour réaliser son œuvre.

« Je pensais faire une chèvre de montagne, m’a dit Artur. Mais entre l’aéroport et l’hôtel, j’ai vu ces panneaux routiers. Et j’ai décidé de faire… un chevreuil. Quand je peux, j’aime bien faire un animal de la faune locale. »

Le jeune homme de 31 ans, bronzé, moustachu et aux cheveux en bataille, n’a pas perdu de temps. Dès son arrivée, il s’est mis au travail, torse nu, avec sa scie, sa perceuse et ses bonbonnes de peinture. Sa façon de travailler a impressionné la responsable du sentier culturel, Annie-Pier Caron Daviault.

« Quand il s’est décidé pour un chevreuil, il a regardé une photo sur Internet pendant 30 secondes. Puis, il est allé dans le garage avec son assistant. Ils se sont mis à couper, peinturer et assembler des panneaux de plastique. Son assistant est monté dans une nacelle pour les fixer au mur. Artur lui dit où les placer, un peu à gauche, un peu à droite. Et le chevreuil a pris forme, comme par magie. C’est impressionnant de les voir aller. »

Artur travaille au milieu d’un indescriptible bordel de morceaux de plastique étalés un peu partout sur le trottoir, et même dans la rue, devant le Palais des congrès.

De vieux bacs bleus de recyclage, des jouets d’enfant en plastique, des bidons d’essence, des pare-chocs, des cônes orange, de vieux réservoirs d’eau chaude, des boyaux d’arrosage, des tuyaux de toutes sortes…

Avant de venir, il avait demandé à ses hôtes d’aller fouiller dans les poubelles pour lui. « Il nous avait fait une liste de matériel obligatoire et facultatif », raconte en riant Annie-Pier Caron Daviault. Elle a déniché ici et là les matériaux demandés par l’artiste : à l’écocentre, dans une cour de ferraille, sur Kijiji…

Dis-moi, Artur, toi qui as fait le tour du monde, où se trouvent les plus beaux déchets? Il a ri. « Tu sais, les déchets, ce sont les mêmes un peu partout. »

Vraiment ?, me suis étonné. À Bakou, en Azerbaïdjan, ils ont les mêmes détritus qu’ici ?

« Non, a-t-il concédé. Là-bas, c’était un peu weird… »

Pour être franc, il n’avait pas trop le temps de parler, Artur. Il avait encore beaucoup à faire d’ici vendredi pour terminer le chevreuil qui prend lentement forme sur le mur de Place du Centre.

Un chevreuil coloré de bleu « bac de recyclage », de rouge « bidon à essence », de blanc « tank à eau chaude » et de noir « parechoc d’auto ».

Vous savez quoi ? C’est beau.

Il n’y a que des artistes comme Artur Bordalo pour extraire autant de beauté d’un tas de poubelles.