Santé Canada a dévoilé le nouveau guide alimentaire canadien mardi.

Je me sens vieux et irrécupérable

CHRONIQUE / Je viens de consulter le nouveau guide alimentaire canadien. Au revoir le lait trop gras. Au revoir la viande trop rouge. Au revoir les groupes alimentaires. Au revoir ces bonnes vieilles portions quotidiennes. Et bonjour les légumineuses. J’écoutais un diététicien dire à la radio qu’on s’habitue aux fèves, qu’à la longue, elles font moins péter. Vous me voyez rassuré.

Puis-je vous faire une confession ?

Moi qui suis pro-science, moi qui croit dur comme fer à la démarche scientifique, j’ai de la misère à digérer ce nouveau guide alimentaire tellement l’ancien était ancré dans mes gènes. Depuis la petite école, je planifie mon alimentation en fonction des 4 groupes : viandes et substituts, fruits et légumes, pains et céréales, laits et produits laitiers…

Trente ans plus tard, ces groupes continuent de séparer mon estomac en quatre. Quoique pour faire rire les enfants, j’ai inventé un 5e groupe : chocolat, bonbons et cochonneries. Ce n’est pas le meilleur pour la santé. Mais au goût, il est imbattable.

Je suis en deuil de mon ancien guide alimentaire. Même si je sais que le nouveau sera mieux pour combattre les grands problèmes de santé publique, comme l’obésité, les maladies du cœur ou le diabète.

On nous conseille de lire les étiquettes pour connaître la teneur alimentaire de ce qu’on mange. En un clin d’œil, on peut savoir le pourcentage de glucides, de lipides et de vitamines C par portion. Mais j’ai vérifié : on ne mesure toujours pas le bonheur par portion. Je vous parie qu’en cette matière, le steak de bœuf bien saignant dépasse de loin le tofu à la sauce soya.

Pour une fois, Santé Canada a élaboré son guide en se fiant davantage aux experts de la science plutôt qu’aux lobbys alimentaires et aux études financées par l’industrie. L’esprit scientifique en moi s’en réjouit. Il devrait toujours en être ainsi. La mission du ministère est de veiller à la santé publique, pas d’engraisser une industrie ou une autre. L’industrie laitière pousse les hauts cris ? Tant pis. Et ça vient d’un gars qui aime boire du lait presque autant qu’un bébé naissant, et qui va continuer d’en boire.

Le nouveau guide nous incite à prendre garde au marketing alimentaire. À se poser la question avant de consommer cette nouvelle boisson énergétique : est-ce que j’en bois parce que c’est cool ou parce que c’est sain ? En alimentation aussi, il faut vérifier ses sources pour éviter de se faire berner par des fake news.

L’alimentation est devenue une religion. On ne compte plus les émissions de cuisine, les livres de recettes, les blogues sur le sujet. Et je ne vous parle pas des études qui nous disent un jour que tel aliment est excellent pour la santé, et le lendemain, qu’il augmente les chances d’attraper un cancer du colon. Je me sens un peu dépassé, moi qui ai toujours été très steak, patates et carottes.

Ce midi, j’ai comparé mon repas-déjeuner (deux œufs, saucisses, rôties et patates, commandé au resto du coin) avec l’assiette « suggérée » sur la page Web du nouveau guide alimentaire canadien : une belle assiette santé, remplie de légumes, de noix et d’aliments verts, avec un verre d’eau à la place d’un verre de lait.

Quand j’étais petit, on distribuait des berlingots de lait dans nos classes en nous assurant que c’était bon pour la santé. Aujourd’hui, je ne sais plus. Du lait 2 %, est-ce rendu trop gras ?

Il y a des jours où je me sens vieux et irrécupérable. Ça se soigne, docteur ? Vous connaissez une diète pour guérir ça ?