Est-ce que c’est une bonne idée d’ouvrir un magasin de cannabis dans l’ancien restaurant SmoQue Shack, tout près des Bergers de l’Espoir et de l’Armée du Salut ?

En avalant mon café de travers

CHRONIQUE / Des fois, je m’insurge pour rien. Tiens, l’autre jour, j’ai presque avalé mon café de travers en lisant l’article de ma collègue Sylvie Branch. Comment ça, un magasin de cannabis légal en plein cœur du marché By, à Ottawa ?

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L’article disait qu’une boutique de cannabis de la chaîne Fire and Flower comptait ouvrir ses portes à compter du mois d’avril dans l’ancien restaurant SmoQue Shack, au 129, rue York, en plein cœur du quartier touristique de la capitale fédérale. C’est tout près des bureaux du Droit. Mais surtout, à deux pas de la maison des Bergers de l’Espoir et du refuge de l’Armée du Salut.

Moi qui croyais qu’on légalisait le pot pour des raisons de santé publique. Voilà qu’on permettra la vente légale de cannabis très près d’une clientèle qu’on sait vulnérable. Alors qu’on entend sur toutes les tribunes que la consommation de cannabis, surtout chez les jeunes, risque de déclencher des psychoses et des troubles de santé mentale.

Où est la logique ? me suis-je demandé.

Ça m’inquiète d’autant plus que dans la province de Doug Ford, on a choisi de confier la vente du cannabis à l’entreprise privée – contrairement au Québec où c’est devenu la responsabilité d’une nouvelle société d’État. Je n’ai rien contre l’entreprise privée. Il reste que ses objectifs diffèrent sensiblement de ceux des autorités de santé publique. Notamment en ce qui a trait à la recherche de profits et à la publicité entourant la vente des produits du cannabis…

Mais voilà, après avoir discuté avec des « intervenants » du milieu, je suis obligé d’admettre… que je m’en fais pour rien. L’ouverture d’une boutique de marijuana au beau milieu d’un quartier fréquenté par une clientèle « vulnérable » n’empirera pas nécessairement les choses. Pour la simple et bonne raison, m’a fait remarquer un intervenant, que cette clientèle vulnérable fume déjà du pot.

Du pot qu’elle se procure largement sur le marché noir puisque le cannabis légal est disponible seulement en ligne en Ontario. Or la clientèle des refuges n’est pas du genre à commander par Internet, ni à payer par carte de crédit. L’ouverture d’une boutique légale de cannabis dans le marché By pourrait même leur donner une chance de « décriminaliser » leur consommation, une fois que le prix du pot légal défiera celui du pot au marché noir – un équilibre qui mettra un certain temps avant de s’établir.

L’ouverture d’une boutique de pot en plein marché By ne changerait donc rien pour la clientèle vulnérable qui se trouve dans les parages. Même que ça pourrait aider. La légalisation du cannabis s’accompagne de toutes sortes de campagnes d’éducation et de sensibilisation sur les effets de la drogue, sur les concentrations de THC, etc. En fait, on n’a jamais autant parlé de cannabis que depuis la légalisation. Et c’est aussi bien.

Alors je me suis énervé pour rien ? Un peu, oui.

Surtout que dans la rue, la légalisation du cannabis n’est pas l’enjeu le plus préoccupant de l’heure. Personne ne meurt foudroyé après avoir fumé un joint de pot. La crise des opioïdes, comme le fentanyl, est autrement plus préoccupante, elle qui fait des milliers de victimes au Canada et aux États-Unis.