Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Tania Léal-Desgagnés et sa fille
Tania Léal-Desgagnés et sa fille

Elle ne devrait pas avoir à se battre

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Je n’en revenais pas de lire l’article de mon collègue Daniel Leblanc sur le combat de cette mère pour obtenir un service de garde à temps plein pour sa fille handicapée à Gatineau.

Tania Léal-Desgagnés doit déjà se démener comme une folle pour s’occuper de sa fille de 15 ans, tout en occupant un travail à temps plein de secrétaire. Elle a des luttes plus importantes à mener que de lui obtenir des services de garde lors des journées pédagogiques.

Tous les élèves d’une même école, peu importe leur âge, devraient avoir droit aux mêmes services, aux mêmes privilèges. Nous vivons dans une société qui se veut progressiste. Une société qui ne tolère aucune discrimination basée sur un handicap ou sur l’âge d’une personne.

Oui, le cas de Daphnée tombe légalement dans la zone des accommodements raisonnables. Elle vit avec une anomalie génétique du chromosome 18 et fréquente une classe spécialisée de l’école du Nouveau-Monde à Gatineau. Son état de santé demande plus de soins et d’attention que la moyenne.

Sa mère me dit qu’elle a besoin d’être gavée pour ses repas, qu’elle a besoin d’aide pour aller aux toilettes, sans compter qu’elle est non verbale. Mais elle se déplace par elle même. Sur la page Facebook de sa mère, on voit Daphnée faire du cheval — aucun problème de ce côté-là.

J’ai téléphoné à la commission des droits de la personne pour savoir jusque dans quelle mesure une école se doit d’accommoder une jeune fille comme Daphnée. Sans trancher le cas particulier, voilà ce qu’on m’a dit: la discrimination basée sur l’âge ou un handicap n’est pas permise. Sauf si l’accommodement impose des contraintes excessives, comme une dépense difficile à absorber pour l’entreprise, des questions de sécurité, ou encore une entrave au bon fonctionnement.

Dans le cas de Daphnée, c’est clairement la question des coûts qui pose problème. À cause de son âge de 15 ans, sa fille n’a pas droit au service de garde. Les programmes gouvernementaux sont ainsi faits que les enfants de plus de 12 ans qui fréquentent une école primaire sont considérés comme des enfants du secondaire et ne reçoivent pas le même financement.

Pour payer une accompagnatrice à Daphnée lors de la vingtaine de journées pédagogiques de l’année scolaire, il en coûterait autour de 5000 $ selon les calculs de la mère. Soit 25 $ de l’heure pour une préposée, à raison de 10 heures par jour, multiplié par 20 pédagos. L’école lui dit qu’elle n’a pas cette somme.

Est-ce une dépense excessive pour une commission scolaire? Je n’en sais rien, même si cela ne me semble pas une grosse dépense à prime abord.

De toute manière, nous sommes ici devant un choix de société.

Il faut savoir à quel point être parent d’une enfant handicapée s’apparente parfois au parcours du combattant. Tania me disait qu’elle doit aller à au moins deux ou trois rendez-vous médicaux par mois avec Daphnée. Sans compter les hospitalisations imprévues pour des problèmes intestinaux. Elle a subi une vingtaine de chirurgies depuis sa naissance et est suivie par des spécialistes du CHEO, de Gatineau et de Sainte-Justine. Tania travaille à temps plein à travers tout cela parce qu’il faut bien payer les factures — et la gardienne durant l’été puisqu’elle ne peut envoyer Daphnée au camp de jour.

Bref, parmi tous les soucis de la mère, s’il y en a un qu’elle ne devrait pas avoir, c’est le droit à un service de garde scolaire en tout temps pour sa fille. Un droit qui va de soi pour tous les autres élèves de son école. Elle ne devrait pas avoir à se battre sous prétexte que sa fille ne «fitte» pas dans les bonnes cases des programmes gouvernementaux.

Daphnée n’est pas soudainement devenue quelqu’un d’autre lorsqu’elle a fêté son 12e anniversaire. C’est la même petite fille, à la même école, avec les mêmes besoins. Sous prétexte qu’elle change de tranche d’âge, on lui refuse un service essentiel, on la met de côté, on va jusqu’à demander à sa mère si elle peut faire affaire avec le privé.

C’est injuste, dit la mère. Un peu, oui.

Tania et Daphnée ne devraient pas avoir à se battre année après année pour obtenir des services de garde en tout temps. Ni elles, ni d’autres. Elles ont des luttes autrement plus vitales à mener.