Doug Ford, premier ministre ontarien

De héros à zéro

CHRONIQUE / Encore la semaine dernière, Doug Ford vantait son équipe de ministres. Un groupe de champions. Des All-Stars !, claironnait le premier ministre de l’Ontario. Jeudi, le chef conservateur passait son équipe « toute étoile » au tordeur lors d’un important remaniement ministériel. Voilà qui envoie un bien drôle de message. Mais faut-il s’en étonner ?

Dans le fond, pas vraiment. Depuis que ce gouvernement est au pouvoir, il nous a habitués à dire une chose et à faire le contraire. Parlez-en aux Franco-Ontariens. Ils en savent quelque chose !

Doug Ford n’est pas à une contradiction près. L’air de rien, la taille de son cabinet passe de 21 à 28 ministres - incluant le premier ministre. Faut-il rappeler que Doug Ford dénonçait les grosses équipes ministérielles des libéraux et promettait d’astreindre son propre cabinet à un régime minceur ?

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Un remaniement qui en dit long

Au-delà des contradictions, on peut s’interroger sur le sens de ce remaniement apparemment destiné à redonner du lustre au gouvernement Ford. Depuis le dépôt du dernier budget provincial, le parti progressiste conservateur est en chute libre dans les sondages. Son impopularité surpasse même celle du précédent gouvernement de Kathleen Wynne — ce qui n’est pas peu dire.

L’opposition accuse Ford, l’homme du peuple, d’être déconnecté de la population. Ils lui reprochent d’être obsédé par la bière, les selfies aux pompes à essence et les combats d’arts martiaux mixtes.

Dans les faits, bien des Ontariens sont en colère contre les coupes dissimulées dans le dernier budget de Vic Fedeli en santé et en éducation.

Ils ont l’impression que le gouvernement de Doug Ford, le populiste qui promettait de baisser les tarifs d’Hydro et le prix du litre d’essence, ne livre pas la marchandise.

Si le remaniement veut signifier à la population que le gouvernement a entendu son message, le moment semble plutôt mal choisi, note avec justesse la politicologue Genevière Tellier de l’Université d’Ottawa. L’effet de nouveauté risque de s’estomper rapidement avec le début des vacances estivales. Sans compter que l’Assemblée législative de l’Ontario ne siégera pas avant l’automne prochain.

Le « nouveau » cabinet de Doug Ford n’aura guère l’occasion de se faire réellement valoir avant plusieurs mois.

Pour les Franco-Ontariens, ce remaniement ministériel ne change pas grand-chose. Ils continueront de faire affaire avec Caroline Mulroney. Pour le meilleur et pour le pire. Malgré les critiques, elle demeure ministre des Affaires francophones. Un ministère au cœur de la tourmente depuis le « Jeudi noir » et l’annonce des coupes dans les services en français.

Le fait que Ford maintienne Mme Mulroney aux Affaires francophones est une surprise pour Geneviève Tellier. La politicologue y voit une autre preuve que les enjeux de la francophonie ne sont pas importants pour Doug Ford. What’s new, en effet ? « De toute manière, ajoute-t-elle, à part Mme Mulroney, qui aurait-il pu nommer à sa place ? »

Bonne question !

Dans la région d’Ottawa, Lisa Macleod est sévèrement punie pour avoir provoqué la colère des parents pour son traitement du dossier de l’autisme en tant que ministre des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires.

Elle est reléguée au Tourisme, une claire rétrogradation.

Bref, un drôle de remaniement où Doug Ford semble prêt à tout pour repartir du bon pied.

On peut se demander combien, parmi les ministres rétrogradés jeudi, sont en fait des boucs émissaires sacrifiés pour faire oublier les erreurs que Doug Ford a lui-même commises par excès de populisme.