C’est dans leur costume de drag queen que Ron D. et Jean-Philippe Pelchat racontent leurs histoires aux enfants.

Dans le costume de la princesse

CHRONIQUE / Une heure du conte pour de jeunes enfants avec… une drag queen ? Pourquoi pas!

C’est l’activité inusitée qui se tiendra ce samedi dans un centre communautaire du quartier de Bells Corner — un fief pourtant réputé très conservateur de l’ouest d’Ottawa.

L’activité destinée aux enfants de 3 à 10 ans et à leurs parents suscite tellement d’intérêt que les organisateurs, deux résidents du quartier, ont dû revoir leurs plans et trouver un local plus grand pour accueillir tout le monde.

« Dans le fond, c’est une heure du conte comme les autres avec une personne déguisée en princesse. Sauf que c’est un homme qui se trouve sous le costume de la princesse », résume Jean-Philippe Pelchat, coorganisateur de cette activité avec Megan Loney.

À en juger par les photos, la princesse en question est plutôt flamboyante : une longue perruque noire, du maquillage à outrance, des hanches exagérées et une tenue à paillettes.

Adrianna Exposée (c’est son nom de scène) s’inscrit tout à fait dans la culture drag de la célébration et du spectacle avec ses lèvres pulpeuses et son regard séducteur.

Dans la vraie vie, Adrianna s’appelle Ron, un jeune homme de 20 ans qui habite aussi Bells Corner.

Habitué de monter sur scène dans les bars d’Ottawa, devant un public d’adultes, il en sera à sa troisième heure du conte avec des enfants. Comme toujours, il ne sait pas à quoi s’attendre. Mais alors, pas du tout…

« Dans un bar, je sais d’avance comment ça va se passer, raconte Ron. Je sais que je serai bien reçu. Avec les enfants, c’est toujours une surprise. Ils disent sans filtre ce qu’ils pensent. Et on ne sait jamais ce qu’ils pensent ! »

Mais de ce qu’il a pu constater de ces expériences précédentes, les jeunes enfants n’ont pas de préjugés.

« Les premières fois, je m’attendais à ce qu’ils demandent pourquoi j’ai une voix d’homme ou des mains plus grandes. Mais non. Les enfants acceptent les choses telles qu’elles sont. Souvent, ce sont nos parents qui trouvent les choses bizarres et qui nous transmettent leur perception pour le reste de notre vie », poursuit-il.

La culture drag sort du placard ces dernières années grâce notamment à l’immense succès de la télé-réalité RuPaul’s drag race aux États-Unis. Ou encore à un film comme A Star is Born avec Lady Gaga.

« Les enfants ont des questions par rapport à ça, enchaîne Jean-Philippe. Notre heure du conte est une bonne introduction à la culture drag. C’est aussi de montrer aux enfants une réalité différente du couple traditionnel homme-femme ».

La drag queen lira deux contes. Un en anglais, un en français. Julian is a mermaid raconte l’histoire d’un garçonnet qui veut devenir une sirène mais craint le jugement de sa grand-mère. Le conte Et avec Tango, nous voilà trois s’inspire d’une histoire vraie survenue au zoo de Central Park. Deux manchots mâles s’allient pour élever un bébé manchot.

Les deux hommes regrettent de ne pas avoir eu accès, plus jeunes, à des activités qui présente un modèle différent du couple traditionnel. « Si j’avais eu la chance d’être exposé à quelque chose de plus extrême, ça aurait pu me donner confiance en moi », pense Ron, tandis que Jean-Philippe approuve.

Très calme et posé en entrevue, Ron dit se transformer dès qu’il enfile son costume de drag queen. Son personnage exubérant prend alors toute la place.

« Mon but n’est pas de choquer, tempère-t-il. C’est de faire des shows intéressants. De rendre les gens heureux. Je pense que je peux créer une heure du conte très intéressante avec des paillettes ! »

L’événement se déroule samedi dans le cadre de la semaine de la Fierté. C’est au centre communautaire Westcliffe, 681, promenade Seyton, de 13 h à 14 h. Entrée gratuite.