Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Cette semaine, la COVID-19 s'est immiscée dans plusieurs résidences privées pour aînés.
Cette semaine, la COVID-19 s'est immiscée dans plusieurs résidences privées pour aînés.

Comme le cheval de Troie

CHRONIQUE / À coups d’éclosions massives, le virus de la COVID s’attaque aux résidences privées pour personnes âgées en Outaouais.

On a dénombré plus de 100 cas à Cité-Jardin avant que les autorités contrôlent l’éclosion survenue dans ce complexe de 800 logements à Gatineau.

Cette semaine, la COVID s’est immiscée en douce au Domaine Notre-Dame par le biais de personnes asymptomatiques ou présentant peu de symptômes. Le temps de réaliser ce qui se passait, il y avait déjà 80 cas positifs au compteur.

Aux dernières nouvelles, une autre éclosion menace Les Résidences de la Gappe. Et il y a tout lieu de s’inquiéter. Ce virus, qui pénètre l’enceinte de nos résidences à la manière d’un cheval de Troie, s’y répand dans le temps de le dire.

Les résidences privées pour aînés — les RPA dans le jargon — représentent un terrain de jeu idéal pour le virus. Des milieux fermés, densément peuplés, avec des aires communes pour se propager d’une personne à l’autre. Il est dans son élément naturel !

Le problème ?

Le peu de prévention. Certains diront : l’absence de prévention…

J’ai appris qu’au CHSLD de Saint-André-Avellin, on a procédé cette semaine à un dépistage général des résidents et du personnel. Il n’y avait pourtant aucune éclosion à signaler. Simplement, on a voulu jouer de prudence. Et c’est très bien ainsi.

Mais on n’a rien vu de tel jusqu’à maintenant dans les RPA de l’Outaouais. Ces résidences abritent pourtant, elles aussi, une clientèle de personnes âgées, plus vulnérables aux complications de la COVID.

Dans le cas des RPA, le CISSSO attend la présence confirmée d’une éclosion avant de sortir l’artillerie lourde. Il prend alors les choses en main : dépistage massif, délégation de personnel soignant…

Au plus fort de l’éclosion à Cité-Jardin, une trentaine d’employés du CISSSO travaillaient sur place. Mais comme la cavalerie dans les bandes dessinées de Lucky Luke, le CISSSO arrive avec un temps de retard sur le champ de bataille.

Un autre problème tient au fait que les RPA sont des « milieux de vie », pas des « milieux de soins ».

Autrement dit, les résidents sont plus libres de leurs déplacements que dans un CHSLD. Ils sortent à la pharmacie, à l’épicerie ou voir les petits-enfants. Bref, ils s’exposent davantage au virus...

Et dans un milieu de vie, c’est plus difficile de jouer à la police avec ceux qui négligent le port du masque ou le lavage des mains.

Les exploitants de RPA sont mal placés pour mettre des bâtons dans les roues des résidents : ce sont leurs clients. Va dire à ton client, qui paie 3000-4000 $ de loyer mensuel : ‘je te confine, tu n’as plus le droit de sortir pour trois jours’ ? Les gestionnaires des RPA sont dans une position intenable.

Les solutions ?

Il faut que les proches, qui ont placé leur père ou leur mère en RPA, insistent auprès des gestionnaires pour que les mesures soient respectées à la lettre. Pas de passe-droit ! Après tout, les résidences privées reçoivent de l’argent de Québec pour mettre en place des mesures d’hygiène. Que les exploitants prennent leurs responsabilités au sérieux. L’heure est grave.

Dans un monde idéal, le CISSSO ferait aussi du dépistage préventif dans les RPA. À condition d’avoir les ressources pour le faire. Ce qui est loin d’être acquis…

La mesure la plus efficace demeure la sensibilisation de masse. Chaque semaine, la Santé publique de l’Outaouais tient des points de presse pour rappeler les consignes sanitaires. Des consignes qui valent aussi — et surtout — pour les résidents des RPA.