Patrick Duquette
Après des semaines sur pause, l’Outaouais est-elle prête au déconfinement? Pour les experts de la Santé publique, c’est oui.
Après des semaines sur pause, l’Outaouais est-elle prête au déconfinement? Pour les experts de la Santé publique, c’est oui.

Bienvenue au paradis

CHRONIQUE / L’Outaouais est-elle vraiment prête pour le grand déconfinement ?

C’est la question à un million de dollars.

Pour les experts de la Santé publique, c’est oui.

Le bon docteur Horacio Arruda l’a bien dit en conférence de presse jeudi.

La situation est fragile à Montréal. Mais dans le reste du Québec, c’est le paradis.

Le paradis ?

À lire les reportages de mes collègues cette semaine, pas sûr que les enseignants et les éducatrices en service de garde ont l’impression de retourner au Jardin d’Eden lundi prochain…

Les profs ont passé une semaine à se casser la tête. À décider comment ils allaient caser 15 élèves à 2 mètres de distance les uns des autres dans leurs petites classes.

Pas sûr non plus que l’enseignement à distance, l’obligation de se laver les mains à tout propos et l’incertitude quant à la disponibilité des masques correspondent à leur conception du paradis.

Et je ne vous parle pas des chicanes de ménage. Dans certaines familles, le père veut renvoyer les enfants à l’école, mais pas la mère. Ou vice-versa. Les avocats en ont plein les bras, ces jours-ci, à jouer les médiateurs auprès de parents inquiets.

À lire les reportages de mes collègues cette semaine, pas sûr que les enseignants et les éducatrices en service de garde ont l’impression de retourner au Jardin d’Eden lundi prochain.

Je pense aussi aux travailleurs de 60-69 ans forcés de retourner au travail. Alors qu’ils étaient dans un premier temps considérés à risque. Certains ont l’impression d’être envoyés à l’abattoir. Encore là, on est loin du paradis…

Mais bon, j’aime bien le langage coloré du docteur Arruda. Je ne voudrais pas le décourager d’employer les expressions imagées qui font son charme. Elles nous changent agréablement de la langue de bois habituelle des politiciens.

D’autant que je comprends ce qu’il a voulu dire. L’Outaouais compte seulement 6 décès jusqu’à maintenant. Avec des éclosions apparemment contrôlées dans ses établissements. J’ignore si c’est le paradis. Mais ce n’est pas l’enfer vécu dans la région montréalaise.

De toute façon, il faut bien reprendre un semblant de vie économique.

Je suis toujours surpris de voir la gêne de François Legault à admettre ses motivations économiques. Juste de l’autre côté de la frontière provinciale, Doug Ford n’a pas cette pudeur et s’excuse régulièrement de forcer au confinement le « Ontario inc ».

On ne devrait pas non plus se gêner pour parler du coût social à maintenir le confinement.

Pour l’instant, l’indicateur qui fait la manchette, c’est celui du nombre de morts dans les CHSLD.

Imaginez que lors du point de presse quotidien de Legault/Arruda, on ajoute des compteurs pour le nombre de dépressions, de suicides, de faillites, d’épisodes de violence conjugale ou familiale provoqués par la pandémie…

Mettez toutes les victimes collatérales de la COVID sur un même tableau de bord, et vous aurez peut-être une appréciation différente de la situation.

Nous sommes loin d’être tirés d’affaire face à la COVID-19. La première phase de la pandémie a mis un genou à terre à nos finances publiques. Imaginez une deuxième vague à l’automne. Que fera-t-on si le pays n’a plus les reins assez solides pour soutenir un deuxième confinement général ?

Mesdames et messieurs, bienvenue au paradis.