Parlons un peu des femmes

CHRONIQUE / Profitons des élections municipales pour parler des femmes. Quel est le rapport entre le sexe, l’aménagement, l’urbanisme et le développement ? Pour y répondre, des recherches utilisent l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) qui consiste à considérer les effets distincts d’un enjeu sur les hommes et les femmes. Ce sont des données pertinentes pour comprendre, corriger, planifier et sensibiliser. Cette approche est valable pour les politiques municipales, car, comme le montre Raibaud dans son livre La ville est faite par et pour les hommes (2015), elles peuvent créer ou accentuer des inégalités. Il semblerait que les budgets pour les équipements sportifs soient destinés davantage aux garçons. Que voilà un beau débat !

Prenons des exemples. Les désignations urbanistiques se déclinent surtout au masculin : noms de rues, ponts, édifices, places publiques. Un problème facile à corriger en visitant l’histoire avec un regard féminin. La conception des espaces publics contribue (ou non) à la sécurité des femmes : éclairage, passages dégagés, accès facile, etc. Même chose lors de grands évènements. En 2017, des festivals montréalais ont mis en place des escouades et espaces sécuritaires pour prévenir les agressions et aider les victimes. Quelle est la réalité des évènements en région ? Comme le souligne Christine Audet (CALACS-Maison Isa), 80 % des agressions ont lieu dans des résidences privées. Allons-y donc avec le logement.

Devant le silence à propos des violences faites aux femmes locataires, des organismes ont lancé en 2016 une campagne de lutte contre les violences et le harcèlement vécus par les femmes locataires. Des femmes à statut précaire sont victimes d’abus par des propriétaires ou concierges qui profitent de leur vulnérabilité (tentatives d’extorsion, chantage et harcèlement, menaces, agressions sexuelles). Le FRAPRU confirme qu’il s’agit d’une réalité pour toutes les régions. Dans tous les cas, une municipalité peut faire des campagnes de promotion contre le harcèlement (ex. : transport et espace public), former les employés municipaux pour mieux intervenir et soutenir financièrement les organismes qui aident les femmes. La structure et les projets économiques ont aussi des effets. Une note produite par l’IRIS (2012), À qui profite le Plan Nord ?, montre que les projets miniers ne génèrent pas d’emplois pour les femmes (0,7 % des postes en extraction). Même chose pour la construction où le nombre de femmes n’atteint pas 3 %.

Donc, la grande majorité des annonces faites pendant la campagne municipale (routes, infrastructures, immobilier), ainsi que les projets de GNL et Arianne Phosphate, ne corrigeront pas les inégalités salariales de la région qui, rappelons-le, sont parmi les pires au Québec. Les femmes sont surtout dans les secteurs des services, du communautaire, des arts et de la culture, souvent de grands négligés des investissements municipaux. France Levert, urbaniste et présidente du Réseau des femmes en environnement, indique que beaucoup de groupes utilisent l’ADS en politique et développement. Les sujets sont parfois inattendus comme les changements climatiques ou la pollution.

De fait, il y a des impacts distincts sur les femmes (ex. : taux de mortalité plus élevé lors de désastres climatiques, violence sexuelle dans les refuges). Selon elle, il faut plus de données québécoises pour connaître l’impact des enjeux environnementaux sur les femmes et adopter des politiques répondant à leurs besoins dans la mobilité des transports ou l’utilisation du vélo par exemple. Il faut aussi considérer les différences entre villes et milieux ruraux.

La parité dans les lieux de pouvoir et les groupes qui conçoivent les travaux municipaux d’urbanisme et d’architecture favoriserait une analyse différenciée. Depuis 2004, Montréal compte sur le Conseil des Montréalaises qui donne des avis et recommandations sur ces questions. Pourquoi les municipalités de la région ne financeraient-elles pas une initiative en ce sens ? Il y a déjà des groupes de femmes et professeurs qui seraient certainement enthousiastes à l’idée de collaborer à une réflexion en ce sens.