L’idée d’enfouir les lignes de transmission d’Hydro-Québec qui traversent l’île d’Orléans ressemble à une stratégie de communication : essayer d’associer le troisième lien à un gain pour l’environnement et le paysage.

Où et comment traverser le fleuve?

La meilleure nouvelle pour Québec dans le discours inaugural de François Legault fut cette volonté, réaffirmée, de connecter le projet de tramway de Québec avec Lévis.

Le gouvernement a parfaitement raison de vouloir forcer cette traversée, nonobstant les querelles politiques entre les maires Labeaume et Lehouillier.

Il faut offrir aux citoyens qui se tapent les ponts soir et matin la possibilité d’un transport collectif efficace pouvant les sortir des bouchons de circulation.

La question est de savoir où et comment traverser le fleuve.

C’est ici que les choses se compliquent et que la posture du nouveau gouvernement est difficile à suivre.

Les deux tiers des déplacements actuels en heure de pointe se font de l’ouest de Lévis vers l’ouest de Québec.

Un transport collectif intégré à un troisième lien du côté de l’île d’Orléans impliquerait un long détour qui aura un effet dissuasif. Le même argument que pour l’auto, il me semble.

La logique est d’aller chercher les voyageurs le plus près possible de leur domicile et de les mener le plus directement possible vers leur lieu d’étude ou de travail.

Le gros bon sens serait de traverser à l’ouest, par le pont de Québec par exemple, comme il était prévu dans le projet de tramway/SRB en 2010. On pourrait imaginer deux tronçons sur la Rive-Sud, un vers Lévis et l’autre vers Saint-Nicolas. Ce scénario existe déjà. Il suffirait de le réactiver.

Si le gouvernement s’entête à passer par l’île d’Orléans, le lien structurant de transport collectif avec la Rive-Sud perdra de son efficacité et de sa pertinence.

Il ne sera qu’un prétexte pour essayer de faire croire que le troisième lien est un projet bon pour l’environnement.
Pareil pour cette idée (sympathique) de profiter d’un troisième lien pour enfouir les lignes de transmission d’Hydro-Québec qui traversent l’île d’Orléans.

On a vite compris que dans l’état actuel de la technologie, ce sera difficile. Hydro a déjà prouvé qu’elle pouvait innover, mais il faudra voir à quel prix et si c’est une priorité sociale. Je n’entends personne sur l’île ou sur le «continent» réclamer leur disparition.

L’idée d’enfouir les fils ressemble à une stratégie de communication : essayer d’associer le troisième lien à un gain pour l’environnement et le paysage.

Le développement futur pourrait-il un jour justifier un nouveau lien à l’est? C’est le débat de la poule et de l’œuf.

Sans nouveau lien, le développement à l’est sera moindre; sans développement à l’est, il y a moins de besoins pour un nouveau lien.

Ce qu’on peut voir venir, c’est que le secteur d’Estimauville et celui du nouvel hôpital de l’Enfant-Jésus vont éventuellement générer un plus grand nombre de déplacements.

Assez pour justifier un lien à l’est? Ça reste à démontrer. Pour l’instant on est encore loin du compte.

M.Legault croit qu’un troisième lien réduira le kilométrage des camions de marchandise, ce qui serait un bénéfice pour l’environnement. L’argument est intéressant, mais ici encore, il faudrait des chiffres.

Combien de camions? Combien à l’heure de pointe? Des camions qui partent d’où pour aller où, au fait? Combien arrivent de la Côte-Nord en direction du Bas-Saint-Laurent?

Est-on si certain de l’intérêt des camionneurs pour un lien à l’est si c’est pour aller d’enliser dans le trafic de l’autoroute 20 plutôt que dans celui de Félix-Leclerc?

Dans son analyse, M.Legault part de la prémisse qu’un troisième lien aurait dû être construit il y a «des décennies». Il dit vouloir aujourd’hui «corriger cette erreur».

Mais était-ce vraiment une erreur?

Avec le recul, on peut penser que la vraie erreur aurait été de construire aveuglément tous les projets de ponts et autoroutes nés dans les décennies 60 et 70. 

Le paysage de la ville en aurait été saccagé par endroit et le problème d’étalement urbain amplifié.

À ce jour, le meilleur argument pour un troisième lien (à l’est ou ailleurs) me semble être celui de la sécurité.

Que fait-on s’il arrive quelque chose au pont Laporte (ou au pont de Québec)? Un accident majeur, une collision d’un navire avec un pilier, un attentat ou un bris qui rendrait le pont inutilisable pour une longue période?

Quel serait le plan B pour traverser le fleuve?

C’est une très bonne question.