Une autre raison d’espérer

CHRONIQUE / À la suite de ma dernière chronique, j’ai reçu plusieurs courriels qui me demandaient de continuer à donner des raisons d’espérer ou au moins, comme quelqu’un l’a précisé, de ne pas désespérer ! En voici donc une autre qui peut-être donnera un regain d’énergie transformatrice à ceux qui se disent « à quoi bon ? »

La Grande Muraille Verte est un projet de boisement au sud du désert du Sahara qui traverse l’Afrique d’est en ouest sur plus ou moins 7 000 km de longueur et 15 km de large. L’histoire du projet est chaotique : elle débute en 2002 avec des discussions interminables sans doute et elle n’a été concrètement initiée qu’en 2008 par l’Union africaine en collaboration avec plusieurs organisations internationales. Le projet est financé par des fonds internationaux et par les gouvernements nationaux. Au début de sa mise en œuvre, il avait pour objectif de restaurer les écosystèmes du Sahel en cours de désertification. La sécheresse endémique de cette région associée à une démographie galopante et au surpâturage empêchaient la régénération naturelle des sols, ce qui entrainait des rendements agricoles de plus en plus faibles et une population toujours plus vulnérables à la famine. Le vent, sans végétation pour protéger les terres, érodait et appauvrissait aussi les sols. Planter des arbres devait apporter des bienfaits à la nature comme aux humains : une biodiversité renouvelée, une protection contre le vent et les tempêtes de sable, de la matière organique pour des sols plus fertiles et qui retiennent mieux l’eau, plus de pluie grâce à l’évapotranspiration des arbres, de l’ombre pour les troupeaux et du fourrage qui pousse mieux. 

L’idée n’a pas cessé d’évoluer pour mieux s’adapter aux différentes régions impliquées. La Grande Muraille Verte, c’est maintenant une multitude de petits projets qui intègrent les activités humaines existantes, mêlant boisement et mise en place de jardins potagers. Son tracé n’est pas le même au sol que sur les papiers évidemment ! Il n’est pas aussi linéaire et il n’est pas continu non plus. Il ne se réalise pas aussi bien dans tous les pays. Cependant, il avance malgré les obstacles à surmonter, les avis d’experts qui se contredisent et les aléas du climat. La plantation est parfois une régénération naturelle assistée pour densifier la forêt existante, parfois on sème, parfois on plante, parfois on entretient ce qui est là. Si l’on prend le cas du Sénégal pour lequel j’ai trouvé des chiffres, environ 5000 ha ont été replantés par an depuis 2008 et le taux de réussite du boisement varie entre 70 % et 75 % en fonction des régions et des années. Les arbres plantés sont d’abord protégés par des clôtures enlevées par la suite pour que les troupeaux puissent pâturer à l’ombre. 

Aucun projet ne fait l’unanimité. Certains ont craint que l’on évacue des villages pour planter des arbres ou que les populations ne respectent pas la nouvelle forêt tant elles ont besoin de bois de chauffe, de terres agricoles ou de pâturages. Certains ont dit qu’il s’agissait d’un projet beaucoup trop ambitieux et difficile à évaluer surtout dans certaines régions politiquement instables comme le Soudan ou le Tchad. Cependant, on peut constater aujourd’hui que la Grande Muraille Verte reste un rêve porteur qui évidemment se heurte sur le terrain à des complications inattendues qu’il faut apprendre à surmonter. Il me semble que c’est commun à tous les projets ! Un projet ambitieux qui se co-construit par, pour et avec les personnes qui vivent sur le territoire, même réalisé imparfaitement par rapport à une planification initiale, il me semble que c’est toujours mieux que l’inaction, la fuite en avant ou « après moi, les mouches » !