L’héritage culturel des Autochtones

CHRONIQUE / La semaine dernière j’ai vu le documentaire « L’empreinte » avec Roy Dupuis dans le rôle du narrateur. En présentant des témoignages de presque « anonymes » d’aujourd’hui, ce film de Carole Poliquin et Yvan Dubuc met à nu les valeurs culturelles de la société québécoise contemporaine héritées des Autochtones.

C’est un point de vue inusité et surprenant sur les traces que laisse la rencontre entre les lointains ancêtres des Québécois d’aujourd’hui : les Autochtones qui vivaient ici à la fin du 16e siècle et les Blancs qui débarquaient ici à ce moment-là. 

Ces derniers ont appris à manger du sirop d’érable et à se servir de raquettes en hiver évidemment, mais en plus, pendant 150 ans à peu près, ce sont les Français qui ont adopté les valeurs et souvent (pour les coureurs des bois au moins) le mode de vie nomade des Autochtones. Un respect sans coercition pour les humains et la nature, une société moins hiérarchisée, plus centrée sur le cercle (de parole) que la pyramide (la supériorité liée à la hiérarchie) et donc sur le consensus, plus égalitaire entre les hommes et les femmes, plus communautaire que dans le reste de l’Amérique du Nord, s’est développée au fil du temps. 

Le Québec est en cela une société distincte en Amérique du Nord. Cependant, comme l’a rappelé Christelle, Camerounaise présente à la projection, notre ancêtre commun est peut-être bien Lucy et elle est africaine ! Nous sommes donc différents par cultures autant que nous sommes semblables par nature. 

La culture présentée dans le film est celle qui se vit au jour le jour par des personnes très nombreuses dont les livres d’histoire oublient le nom. Il n’y a pas de chefs, pas de ministres, pas de hauts fonctionnaires dans le documentaire. Les orateurs sont ceux qui fondent les sociétés au jour le jour, qui les perpétuent et les transforment, ceux qui marquent de leur empreinte indélébile et invisible les générations suivantes. 

Non seulement le film éclaire de manière intéressante des racines perdues, cryptées dans le brouhaha d’un individualisme aujourd’hui omniprésent et d’une économie de marché mondialisée, mais en plus, il donne l’espoir que le changement pour un monde libre, juste, vert et responsable passe par Monsieur et Madame Tout-le-monde : ceux qui font la vie au jour le jour, ceux qui sans qu’on les nomme jamais commencent à acheter local, biologique, qui favorisent les circuits courts, deviennent conscients de leurs réels besoins et décolonisent leur imaginaire des discours publicitaires. 

Le changement est aussi en germe chez ceux qui, dans l’absurdité et la futilité ambiante, retrouvent un sens à leur vie par un lien avec la nature et centré aussi sur les sentiments, ceux qui se rassemblent autour de l’idée de Transition pour aller vers un monde plus souhaitable, ceux pour qui la guerre n’est jamais une solution et la misère toujours une abomination. S’embarquer là-dedans aujourd’hui, c’est marquer le monde d’une empreinte pour que d’autres puissent plus facilement y mettre leurs pas tout en créant leur propre route : ceux d’aujourd’hui feront inévitablement des détours inutiles qu’il faudra laisser dans l’histoire. 

Le film permet de voir l’ampleur positive de la sociodiversité et du métissage quand les humains acceptent de prendre le meilleur de chacun et de chaque culture pour laisser de côté ce qui est moins bon. Des traits culturels hérités des Peuples Premiers font partie de notre tradition de sagesse. Elle pourrait être une guide si elle ne devient pas un dogme et si Monsieur et Madame Tout-le-monde décidaient de changer leur monde, là où ils vivent et avec ceux avec qui ils vivent. C’était aussi, paraît-il, le rêve de Champlain.