La centrale au charbon Scherer, située à Juliette, en Géorgie, est l'un des principaux émetteurs de dioxyde de carbone aux États-Unis.

Ne pas s'accrocher à hier

CHRONIQUE /À Blegny, près de Liège en Belgique, l'extraction du charbon commence dès le XVe siècle. L'exploitation industrielle débute au 18e siècle. En 1970, 680 personnes travaillaient dans la mine. Mais en 1975, l'activité périclite et arrête définitivement en 1980.
J'habitais alors près de Charleroi, une région appelée « le pays noir » en raison du grand nombre de mines de charbon qui y étaient exploitées. Malgré le fait que les filons s'épuisaient et que de plus en plus de ménages remplaçaient leurs chaudières à charbon par des appareils plus pratiques au pétrole et au gaz, certains se fermaient les yeux en disant qu'on aura toujours besoin de charbon, que les techniques en s'améliorant permettront de trouver d'autres filons et qu'on allait tout de même plus couper des arbres pour se chauffer ou grelotter tout l'hiver.
Inéluctablement pourtant, les mines ont fermé les unes après les autres et sont devenues des chancres industriels aux bâtiments rouillés et délabrés, témoins d'un temps qui ne reviendra évidemment pas. La région encore aujourd'hui ne se remet pas très bien. Beaucoup regrettent encore ce temps où tout le monde pouvait trouver du travail dans la mine. Pourtant, il s'agissait d'un travail épouvantable, dangereux, assourdissant, les mineurs craignaient les coups de grisou imprévisibles, les effondrements et les maladies pulmonaires. On utilise encore énormément de charbon dans le monde pour fabriquer de l'électricité, pourtant les mines belges sont toutes fermées. 
Cependant à Blegny, dès le début des années 80, le site industriel devient un endroit de souvenir et de tourisme. Il est géré par plusieurs paliers de gouvernement et deux associations locales, et est reconnu comme patrimoine industriel par l'UNESCO. Le nombre de visiteurs atteint maintenant jusqu'à 160 000 personnes par an. 
L'avenir sera fait d'énergies renouvelables, d'agriculture moins dépendante du pétrole, de transports et de produits verts, et de transports intelligents... On ne s'éclairera pourtant pas à la bougie et nous ne vivrons pas dans des grottes ! Tant de choses changent sur le temps de vie d'un humain, résister à ces changements en s'accrochant à hier ne fait que retarder le moment où il faut basculer. À Blegny, deux ans avant la fermeture de la mine, un gouverneur dont l'histoire oubliera le nom avait commencé les démarches pour faire du site un centre touristique. Le village de Blegny est florissant aujourd'hui et les infrastructures industrielles bien entretenues font honneur à ceux qui ont travaillé là hier. C'est tout un contraste avec le pays noir de mon enfance où l'on a cru que « faire comme avant » était la meilleure stratégie parce que « avant » avait donné de bons résultats. 
Participer à la mise en place d'un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus responsable passe aussi par les élections municipales qui s'en viennent. Il n'y aura pas de croissance économique infinie dans un monde fini. Ceux qui veulent encore cela nous conduisent vers un monde rouillé et délabré... si nous votons pour eux. J'espère pouvoir choisir parmi les candidats ceux qui auront l'avenir en tête et pas un passé à critiquer ou à reproduire. Il y a de bonnes décisions dans l'histoire, des leçons que nos prédécesseurs nous lèguent et dont il convient de s'inspirer : la liberté, les acquis syndicaux, l'égalité. Mais l'histoire a aussi ses cendres qu'il faut abandonner : les gaz à effet de serre, le déclin de la biodiversité, la pollution des océans par les particules de plastique sont le résultat de décisions à remettre en question pour que nos successeurs aient aussi de notre part quelques bonnes leçons à léguer aux générations qui suivront.