Dans certaines écoles, il n’y a déjà plus de locaux attitrés au service de garde, les élèves passent la journée dans leur classe.

Services de garde: de belles idées

CHRONIQUE / Quand j’entends parler des maternelles quatre ans, ça me fait curieusement penser au deuxième bain en CHSLD.

Une belle idée.

Je me souviens du jour où l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé fièrement le deuxième bain — après avoir martelé pendant deux ans qu’un bain par semaine suffisait amplement — avec même un budget de 36 millions $ pour embaucher 600 préposés de plus.

Même s’il en manquait déjà des centaines.

C’était en septembre l’an passé, j’avais reçu des courriels et on ne me parlait même pas de la pénurie de personnel déjà criante, qui mettait déjà à mal la faisabilité de cette belle promesse. Ça allait de soi, encore fallait-il être capable de donner un bain par semaine avant d’en promettre un deuxième.

On m’a parlé de réservoirs d’eau chaude. Dans certains CHSLD plus vétustes, la capacité de production d’eau chaude est un problème.

Pour un seul bain.

On m’a parlé de baignoires. C’est bien beau promettre un bain de plus, encore faut-il avoir assez de salles de bain. D’un point de vue purement pratico-pratique, on m’a dit que, à certains endroits, le nombre de baignoires suffisait à peine pour un bain, qu’il faudrait alors en donner la nuit.

Évidemment, on ne fait pas ça.

Samedi, je vous ai parlé des services de garde dans les écoles, où on s’arrache déjà les cheveux pour trouver des éducatrices, où on triche sur les ratios, parfois plus du double que ce que permet la loi. Une personne responsable d’un service de garde m’avait exposé le casse-tête quotidien pour combler les absences en jonglant avec les groupes, le personnel et les ratios.

Quand je lui ai demandé son avis sur les maternelles quatre ans, j’ai eu droit à un grand éclat de rire. 

Puis, ces mots. «C’est une belle idée.»

Je ne suis même pas si convaincue que ce soit une si belle idée, je suis plutôt de ceux qui penchent vers plus de CPE, qui ont des ratios plus petits, qui offrent un bon repas le midi et qui sont ouverts à l’année. Si tous les petits Québécois commencent l’école à quatre ans, y aura-t-il suffisamment de places — et de moniteurs — en camps de jour pour les accueillir pendant l’été?

A-t-on pensé à ça?

Comme après l’annonce du deuxième bain, j’ai eu droit à des courriels de gens qui travaillent dans les services de garde, d’un peu partout, jusqu’en Outaouais. Le constat est le même, on s’arrache les cheveux aux quatre coins du Québec pour arriver à trouver des éducateurs et des éducatrices.

Et, tous les jours, des absences ne sont pas comblées. Dans ma chronique de samedi, Nathalie Boisvert, attachée d’administration de la commission scolaire des Découvreurs, confirmait qu’il y avait un manque à gagner quotidien, entre 15 et 20 remplacements n’étaient pas attribués.

Une responsable de service de garde dans cette même commission scolaire m’a écrit pour me dire que ça frôle parfois la trentaine.

On m’a parlé des autres employés de soutien des écoles, les professionnels, les concierges, les chauffeurs d’autobus, les secrétaires. On a même de la difficulté à trouver des suppléants pour les enseignants qui prennent congé et qui ne peuvent parfois plus prendre congé quand ils en ont besoin.

L’école tient par la peau des dents.

J’ai eu droit au cri du cœur d’éducatrices qui sont déjà essoufflées. «Je suis éducatrice depuis 10 ans en milieu scolaire et cette année, c’est une année où je remets ma carrière en question! Je me sens incompétente de ne pas être capable de gérer les 25-27 élèves qu’on me confie... Gérer et répondre à leurs besoins.»

Dans la loi, le ratio maximum est de 20.

En plus du roulement de personnel, qui vient en ajouter une couche. «Je crois que les parents n’y voient que du feu. Mais, les enfants sont à risques, les employés en place sont à risque... Nous arrivons au mois de novembre et la fatigue mentale se fait déjà sentir sur la moitié de l’équipe!»

Ça va être beau tantôt.

Il y a aussi, bêtement, la question des locaux. C’est bien beau d’accueillir plus d’élèves, encore faut-il les mettre quelque part. Dans un monde idéal, les élèves ont une classe et un local pour le service de garde. Mais, quand le nombre d’élèves augmente, on laisse faire l’idéal et on fait des classes.

Dans certaines écoles, il n’y a déjà plus de locaux attitrés au service de garde, les élèves passent la journée dans leur classe.

On les mettra où, les maternelles quatre ans?