Mylène Moisan

Que fait-on avec les parents immunosupprimés?

CHRONIQUE / Isabelle* et Jérôme* sont confinés depuis quatre mois maintenant, la vie sociale de leurs deux enfants se passe encore sur un écran, ils ne voient pas le jour où ils pourront reprendre une vie normale.

Ils croisent les doigts pour un vaccin.

C’est que le système immunitaire d’Isabelle est complètement à plat, elle doit éviter au maximum les risques de contamination. Quand l’école a recommencé en mai, il n’était donc pas question que leur grande fille retourne dans sa classe de 1re année, elle est restée à la maison avec son petit frère de quatre ans.

Le suivi offert par l’école pour terminer l’année scolaire se limitait à une rencontre virtuelle par semaine. Le reste du temps, leur fille s’est branchée sur Facebook à la classe quotidienne de Madame Marie-Ève, comme les quelque 35 000 autres élèves qui ont été charmés par la dynamique enseignante.

«Ça a été notre seule bouée», lance Jérôme au bout du fil.

Le médecin d’Isabelle a été formel – et elle l’a écrit noir sur blanc –, leurs enfants ne doivent pas retourner à l’école ni à la garderie, ils doivent éviter les contacts et les sorties dans les endroits publics. Jérôme peut travailler de la maison, ils font leur épicerie en ligne, ne sortent pas. «Les seules personnes qui entrent dans notre maison, ce sont des infirmières!»

Ils ont vu une fois des amis qui venaient d’être testés pour la COVID, résultats négatifs évidemment.

Les problèmes de santé d’Isabelle ont commencé au cours de l’automne par des articulations capricieuses. «Ça a été comme de l’arthrite, mais ça a été fulgurant.» Après une série de tests, les médecins ont trouvé ce qui clochait. Isabelle a une maladie auto-immune mortelle qui attaque notamment les muscles et les poumons.

Et, parce que son système immunitaire se retourne contre elle, elle reçoit des traitements pour neutraliser ledit système.

Elle est complètement sans défense.

Suivant les conseils du médecin, Isabelle et Jérôme se sont informés de leurs options pour que leur fille puisse commencer sa deuxième année à distance, vu qu’elle risque de contaminer sa mère si elle ramène le virus de l’école. Ils étaient certains que le ministère avait prévu le coup.

Eh bien non.

«On en a d’abord parlé à l’école à la fin de l’année, et on s’est fait dire qu’on ne savait pas quoi nous répondre. On a contacté la santé publique, eux nous ont rappelés très rapidement pour nous dire que l’information n’était pas encore claire par rapport à la transmission du virus par les enfants.» 

Reste qu’il y a un risque.

Jérôme et Isabelle ont aussi contacté leur centre de services scolaires, qui était la commission scolaire avant, la réponse a tardé. Elle est arrivée dimanche. «Nous sommes également en attente de directives de la part du ministère à ce sujet. Je vous invite à communiquer avec votre direction d’école dans la semaine du 10 août. Nous espérons avoir plus d’informations à ce moment.»

Le 10 août, c’est trois semaines avant la rentrée. «Rendu là, ça va être quelque chose qui va être fait sur le coin de la table, sur une napkin.»

Jérôme et Isabelle aimeraient avoir un véritable suivi, un accompagnement serré et quotidien. «La façon dont ça a fonctionné au printemps, c’était correct pour trois mois, mais pour l’année prochaine, il faudrait qu’il y ait une relation qui se développe avec un enseignant pour garder l’envie d’apprendre.»

Encore faudrait-il qu’ils y aient droit.

Pour essayer d’en savoir plus, ils se sont tournés vers le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, un de ses attachés leur a répondu qu’ils n’avaient pas le choix, leur fille doit retourner à l’école. Voici : «La présence en classe redeviendra obligatoire en septembre prochain, sauf pour les enfants et le personnel ayant une condition médicale particulière les rendant vulnérables à la COVID-19. 

On comprend vos inquiétudes, mais on tient à vous rassurer. Au regard de la littérature scientifique qui s’accumule et de l’expérience de la dernière rentrée scolaire au printemps, la Santé publique considère que les enfants ne semblent pas constituer un vecteur majeur de transmission de la maladie.»

Pour Isabelle, «ne semblent pas» est un risque trop grand, surtout en sachant que les employés vulnérables, des adultes, seront protégés. 

Pas les parents.

Mais il y a une bonne nouvelle dans cette réponse du ministre, c’est que des enfants pourront être exemptés de la présence en classe si on juge que leur système immunitaire est trop faible, ce qui veut dire que quelqu’un, quelque part, devra tôt ou tard accoucher d’une solution pour leur enseigner à distance.

La même logique devrait s’appliquer aux enfants qui ont des parents fragiles, qui doivent déjà se battre pour leur vie.

Isabelle n’a pas besoin d’une autre épée de Damoclès.

* Prénoms fictifs