Pour la première fois dans le cadre d’une élection provinciale, un bureau de vote avait été mis à la disposition des jeunes de moins de 18 ans.

«Parce que c’est important»

CHRONIQUE / J’ai choisi un bureau de vote au hasard, pas trop en ville, pas trop loin de la ville, j’ai abouti dans Lebourgneuf.

Du Aznavour à la radio en m’y rendant.

Des souvenirs.

Qui n’a pas au moins un souvenir d’une chanson d’Aznavour?

Tiens, j’aurais pu demander aux électeurs de Vanier–Les-Rivières de me parler de leur chanson préférée, ce qu’elle leur rappelait, ils m’auraient sûrement parlé de leurs amours, celles qu’ils ont perdues.

Celles qu’ils n’ont jamais avouées.

J’ai croisé les élèves du service de garde de madame Manon, La Bohème, ça ne leur dit absolument rien, tout comme ce «temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître». Ils étaient en journée pédagogique, ils ont neuf ans. Le bureau de vote était installé au centre communautaire où ils passaient la journée, il y avait un autre bureau de vote à leur école juste à côté, Les Prés-Verts. 

«Malade, notre école», m’a confié une petite qui est passée près de moi. Malade dans le sens de super.

Elle s’est tournée vers Roger, affable préposé à l’accueil des électeurs, qui l’a invitée à se rendre au bureau de vote mis à la disposition des jeunes de moins de 18 ans, une première cette année.

— On peut voter?

— Absolument!

Elle a hésité. 

Valait mieux demander la permission à madame Manon.

J’ai eu le temps de lui demander pour qui elle allait voter, elle m’a répondu «pour le gars. Pas lui qui est là, pas lui avec les lunettes».

Legault, par déduction.

Madame Manon est revenue avec son groupe, une douzaine d’élèves de quatrième année, ils avaient le droit de voter à condition de garder le silence et de tenir le rang. Ils ont obéi, j’aimais bien l’idée de faire du droit de vote un privilège. C’en est un. C’est ce qu’il faut leur inculquer.

Je me suis installée près de la table où deux scrutatrices expliquaient la marche à suivre, les jeunes écoutaient avec des yeux grands comme ça. Plusieurs ont pris le temps de lire le bulletin de vote avant de se retirer dans l’isoloir, en sont ressortis en tenant fort le bout de papier qu’ils devaient mettre dans la «boîte secrète».

À la question «pourquoi penses-tu qu’il est important d’aller voter?», ils avaient le choix entre «pour que les idées de chaque personne soient entendues», «pour choisir des personnes qui vont travailler pour moi», «pour régler des problèmes» et «pour dire ce que je pense».

La première et la dernière se recoupent, je trouve.

Les bulletins seront compilés.

Je les ai rejoints après le vote, ils ne se sont pas fait prier pour me dire pour quoi ils avaient voté, écrasante majorité à «pour que les idées de chaque personne soient entendues», quelques votes à peine à «pour régler des problèmes». Ça traduit bien l’impression qu’on a trop souvent de la politique.

Plus de paroles que d’actions.

Ils auraient voulu que je les prenne en photo, je leur ai expliqué qu’il me fallait la permission de leurs parents, ils m’ont fait promettre de mettre au moins leurs noms dans le journal. Alors voilà, Audalie, Maxim, Charlotte, Megan «sans accent et sans e», Rose, Guillaume, Julianne, Juliane «moi avec un n, elle avec deux», Justin, Sarah-Maude et Gabriel. Ils se sont mis à me nommer leurs amis, leurs frères et leurs sœurs, j’ai fini par perdre le compte.

Je leur ai demandé ce qu’ils aimeraient changer, ça allait dans tous les sens, de «plus de iPad», «plus de chiens», «plus de T.E.S à l’école» et «plus de parcs» dans le sens de davantage à «plus de camps de jour pendant l’été» et à «plus d’école» dans le sens de plus du tout.

Deux m’ont parlé de «l’environnement».

Une autre a souhaité «que le monde soit plus gentil et plus respectueux», elle s’est assurée que j’avais bien noté.

En ajoutant, «c’est important».

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