David Philippe a fait le saut en politique en briguant un des six postes de conseiller de la ville. Comme indépendant. Il a délogé dimanche Patricia Chartier, qui a porté au provincial les couleurs de Québec solidaire dans Bonaventure.

L’homme magique... au conseil municipal

CHRONIQUE / Printemps 2012, David Philippe apprend que le cancer est revenu, qu’il lui reste un an, peut-être deux, max trois.

Son gars a deux ans, sa fille, quatre.

Sachant son temps est compté, il décide d’en faire quelque chose de magique, ne me demandez pas comment il fait ça. Quand il va faire ses traitements à l’hôpital, il porte son nez de clown. À l’infirmière qui s’occupe de lui, il fait des tours de magie. À ses enfants, il fabrique des souvenirs.

Pour après, quand ils n’auront que ça.

La magie s’est retournée vers lui, son oncologue lui a proposé in extremis un tout nouveau médicament, un traitement de la dernière chance. Le Xalkori, comme par un coup de baguette magique, a fait disparaître toutes les métastases qui s’étaient logées dans ses os, dans son cerveau.

Pouf.

Ça fait quatre ans, le Xalcori tient encore le cancer au tapis et David en profite. Non seulement pour «juste» mordre dans la vie, mais pour continuer à faire le bien autour de lui. À faire une différence.

À penser encore plus loin que son nez de clown.

Dimanche, il a gagné ses élections, avec 58 % des votes. «J’avais pensé me présenter comme conseiller municipal il y a quatre ans, mais je ne me sentais pas certain d’en être capable. Je venais de commencer la médication, je ne savais pas si ça allait fonctionner. Il y a trois ans, je me suis fait élire à la commission scolaire.»

David habite à Maria. «Je me suis impliqué pour redonner. Je me suis dit qu’en ayant un petit pouvoir, je pourrais peut-être aider à changer les choses. On a une classe de plus cette année, c’est rare qu’on voie ça en Gaspésie.»

Il fait ça en plus de son travail à temps plein, dans une quincaillerie.

Avec d’autres parents, il a ressuscité la ligue de balle-molle, morte depuis une dizaine d’années. «On pensait avoir 50 inscriptions pour notre premier été, on en a eu 100! L’idée était d’offrir une autre option que le soccer. C’est ben l’fun, le soccer, mais il y a des enfants qui peuvent passer le match sans toucher au ballon...»

Pas à la balle-molle. «Tout le monde a son tour au bâton. Et quand la balle va vers toi, tu as ta chance. Je trouve ça important.»

Cette année, il a fait le saut en politique en briguant un des six postes de conseiller de la ville. Comme indépendant. Il a délogé Patricia Chartier, qui a porté au provincial les couleurs de Québec solidaire dans Bonaventure. «J’aurais pu choisir un siège plus facile. J’ai attendu à la dernière minute pour décider... je me suis inscrit à minuit moins une, le vendredi pendant ma pause!»

Il fait ce qu’il n’aurait jamais pensé possible en 2012. «Je m’engage pour quatre ans.»

Comme il le fait pour la commission scolaire, il laissera son nez de clown à la maison. «C’est important de dissocier les deux, même si faire rire, ça peut être sérieux. Je n’aurai pas physiquement mon nez de clown, mais il est toujours là en dedans. L’humour peut toujours être utile.»

Mais, prend-il le soin de préciser, «je suis capable d’être sérieux».

David a plein d’idées pour son coin de pays, il aimerait bien que les touristes arrêtent de passer tout droit, entre New Richmond et Miguasha. «Il faut qu’on trouve notre projet. Il y a un beau site, la Maison Mowatt, on pourrait peut-être y développer des jeux pour les enfants, quelque chose d’intergénérationnel...»

Ce ne sont que des idées, évidemment, qu’il pourra partager avec le maire Christian Leblanc et les autres conseillers.

«Je veux travailler en équipe.»

D’abord et avant tout, David, tout comme beaucoup d’élus municipaux, veut faire la démonstration que la politique peut changer les choses et, de nos jours, ce n’est pas rien. Il aurait pu facilement s’apitoyer sur son sort et vivre de son assurance invalidité, mais il a décidé de se retrousser les manches. 

La politique, comme le reste, a bien besoin d’un peu de magie.