Hassoun Camara avait quelque chose que les autres joueurs de son équipe n’avaient pas, il avait la tête dure. Il rêvait de faire carrière en soccer et il a pris les moyens pour y parvenir.

Le talent n’explique pas tout

CHRONIQUE / Hassoun Camara avait 11 ans quand il a joué pour la première fois dans une équipe de soccer, plutôt au foot, dans la banlieue parisienne où il est né. C’est tard.

Par comparaison, Cristiano Ronaldo, un des meilleurs joueurs du monde, est parti de sa Madère natale à cet âge-là pour aller dans un centre de formation d’élite à Lisbonne, il avait déjà été remarqué. 

«Je n’étais pas celui qui avait le plus de talent.»

Mais Hassoun avait quelque chose que les autres joueurs de son équipe n’avaient pas, il avait la tête dure. Il rêvait de faire carrière en soccer et il a pris les moyens pour y parvenir. «À la fin de chaque journée, tous les jours, je me pratiquais. Mes coéquipiers, eux, ils faisaient autre chose, moi j’étais sur le terrain.» 

Il n’a jamais lâché.

Il a fait son petit bonhomme de chemin avec l’équipe de sa banlieue, l’Olympique de Noisy-le-Sec, jusqu’à ce jour de janvier 2006 où il a disputé un match pendant un tournoi. Son meilleur match jusque-là, tellement qu’il a été nommé «meilleur joueur» à la fin. La somme de toutes ses heures de pratique.

Le lendemain, le téléphone a sonné, c’était l’Olympique de Marseille. Un peu comme s’il jouait pour une équipe de Charlesbourg et que, du jour au lendemain, il se retrouvait avec le Canadien. Les Marseillais ne badinent pas avec l’«OM», l’humeur de la ville fluctue en fonction des performances de l’équipe.

Pour Hassoun, c’était au-delà de ses rêves les plus fous, il était maintenant dans la cour des grands. 

Mais il allait vite retomber sur terre, il a joué un seul match de la saison.

Il est ensuite allé jouer en Corse pendant un an et demi, il a eu des discussions avec des équipes qui n’ont pas abouti. C’est le lot de beaucoup de joueurs de soccer qui se retrouvent parfois sans équipe au gré des échanges. Pour ne pas perdre la main, plutôt le pied, il a joué dans la ligue du «syndicat des joueurs au chômage». Il est aussi retourné avec sa première équipe, à Noisy-le-Sec.

C’était «une période plutôt difficile», mais il n’a pas lâché.

En 2011, le téléphone sonne encore, Montréal. À 27 ans, il a traversé l’Atlantique pour joindre les rangs de l’Impact. Il a eu un premier contrat d’un an, puis un autre et un autre. Il a joué comme ça jusqu’en novembre 2017, les commotions cérébrales ont eu raison de sa carrière. 

Il a joué — et est devenu ami — avec une de ses idoles, Didier Drogba.

La première équipe de soccer de Hassoun Camara lorsqu'il avait 11 ans.

Tout ça pour dire qu’il a réussi à atteindre son rêve de p’tit gars, quand il avait 11 ans, quand il passait des heures à taper tout seul le ballon. «Il faut s’investir dans ce qu’on veut vraiment, même si parfois ça fait mal. J’ai choisi de prendre le risque de vivre de mes passions, parce que quand ça marche, c’est le plus grand bonheur.»

Et là, il est heureux.

Il a d’ailleurs coécrit un livre aux Éditions Logiques qui doit sortir au début mars, Saisir sa chance avec Benoit Chalifoux, conférencier et chargé de cours à l’UQAM. Ils se sont rencontrés il y a un an grâce à un ami commun. «Quand Hassoun m’a raconté sa vie, je l’ai trouvée fascinante. C’est un véritable conte de fées, de Noisy-le-Sec à Montréal avec Didier Drogba!»

Ils ont décidé d’écrire le livre ensemble.

Benoit, qui est spécialisé en gestion, a eu l’idée de raconter comment Hassoun Camara, sans le savoir, a mené sa vie comme un entrepreneur, en suivant son instinct, en prenant des décisions en fonction d’un objectif précis. Et d’une passion. Pour réussir, il faut que la tête et le cœur aillent dans la même direction.

Et il faut bûcher.

Sa persévérance, il la doit d’abord à ses parents qui ont quitté le Sénégal vers la France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils ont eu sept enfants. «Ma mère était femme de ménage et mon père, carrossier. Il était levé très tôt le matin, il travaillait dans des conditions vraiment difficiles. Ils faisaient ça pour nous offrir la meilleure vie possible, pour qu’on devienne de bons citoyens.»

On ne parle jamais assez de l’importance de transmettre de belles valeurs à ses enfants.

Depuis qu’il a accroché ses souliers de soccer, Hassoun continue à les appliquer. Il a ouvert un centre de soccer dans le quartier Hochelaga à Montréal, le Park, il a aussi créé une fondation qui porte son nom.

Sa fondation, c’est sa façon de redonner. L’argent sert à financer des projets en Afrique de l’Ouest, surtout au Sénégal, pour donner de meilleurs soins de santé, une meilleure éducation et pour accroître l’autonomie des femmes. Il y va souvent, comme un retour à ses racines.

Ce que je retiens d’Hassoun, c’est d’avoir fait les efforts qu’il fallait. On ne parle jamais assez de ça non plus, l’effort, l’importance de travailler fort. D’être acharné. J’ai déjà dit à un de mes gars, qui a de la facilité dans à peu près tout, «tu as beau avoir mille talents, si tu ne fais pas d’efforts, tu n’en feras rien».

Je vais lui faire lire l’histoire d’Hassoun, tiens.