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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan

Il faut parler des lieux de culte

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CHRONIQUE / Tous les lieux publics des zones rouges foncées sont fermés, les musées, les théâtres, les piscines, les cinémas, les stades, les écoles, les salles à manger des restaurants, tout.

Sauf les lieux de culte.

La culture, la santé, physique et mentale, le gagne-pain des restaurateurs et de leurs employés, tout ça passe dans le tordeur de la santé publique pour venir à bout de ce satané virus. Mais pas le sacro-saint droit de se regrouper pour écouter la parole de Dieu, peu importe le Dieu.

Aller à la messe de Pâques est vraiment un besoin essentiel?

On ne peut pas recevoir nos parents dans la cour derrière chez soi, on ne peut pas acheter un livre, mais on peut passer le temps qu’on veut dans une même pièce avec plus d’une vingtaine de fidèles pour partager sa foi, alors qu’on risque du même souffle de partager le virus et ses variants, encore plus galopants.

Je sais, le gouvernement a réduit la limite de 250 personnes à 25, mais quand même. Il n’a pas été question de tels accommodements pour les musées et les cinémas, c’était sans appel.

Mais les lieux de culte, on tolère.

Dans un État laïc.

Et comme ailleurs, tous les lieux de culte ne se valent pas, la COVID-19 a moins de chances de se transmettre entre 25 personnes à la Basilique Sainte-Anne que dans les locaux souvent plus exigus d’autres églises, comme certains centres évangéliques qui officient dans des salles modestes.

C’est connu, le virus aime la promiscuité.

Et nous savons que tout le monde ne met pas la même fougue à appliquer les mesures sanitaires. L’exemple du Mega Fitness Gym nous l’a fait exploser en pleine face, l’insouciance de quelques quidams a mis le feu aux poudres, plus de 350 cas y sont liés directement et indirectement jusqu’à maintenant.

Ça s’est passé comment, dans les lieux de culte, à Pâques?

Je présume que, dans la majorité des endroits, ça s’est bien passé, que les règles sont respectées, mais il y a des délinquants.

J’en ai trouvé au moins un par une simple recherche avec Google et Facebook, le centre évangélique la Parole de vie sur Pierre-Bertrand, qui avait d’ailleurs déjà reçu la visite des policiers fin décembre pour avoir enfreint la limite de 25 personnes permises, ils étaient plus d’une quarantaine.

J’ai voulu savoir vendredi si des constats d’infractions avaient été remis, le Service de police de la Ville de Québec m’a dirigée vers l’accès à l’information.

J’ai fait une demande, le délai est de 30 jours.

Contraventions ou pas, les choses n’ont pas l’air d’avoir changé depuis, le centre affiche fièrement sur la page Facebook des photos prises pendant la fin de semaine de Pâques où on peut compter plus d’une douzaine de personnes juste sur la scène et où on voit des fidèles sans masques.

Ou avec un masque sous le menton.

D’ailleurs, en reculant d’une quinzaine de journées dans les publications du centre évangélique, on voit bien que les masques sont rares, tellement qu’on a l’impression que certaines photos ont été prises avant la pandémie. Les fidèles se retrouvent devant la scène, les bras dans les airs, comme si de rien n’était.

Youhou?!?

Quelqu’un est au courant qu’il y a une pandémie? Que le nombre de cas quotidiens à Québec frôle encore les 300? Que la grande majorité des habitants de la capitale se plient aux mesures de plus en plus contraignantes à cause entre autres de ceux qui ont décidé de faire fi de la prudence la plus élémentaire?

Et que ces gens-là aussi sont tannés?

En laissant les lieux de culte ouverts, le gouvernement envoie un bien drôle de message : le premier ministre François Legault reste sourd au milieu culturel qui crie famine, aux jeunes et moins jeunes qui l’implorent de pouvoir faire du sport, à ceux dont la santé mentale chambranle, mais il fait un passe-droit pour la religion.

Il me vient des mots d’église.