Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique du Québec, est aux premières loges de la crise de la COVID-19, on le voit chaque jour dans les médias, où il fait comprendre la gravité de la situation sur un ton rassurant.

Horacio Arruda: l’homme de la situation

CHRONIQUE / «N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Essayez de devenir un homme qui a de la valeur.»

Ce sont ces mots d’Albert Einstein qui viennent à l’esprit de Michel Fontaine quand il me parle d’Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique du Québec. L’homme est aux premières loges de la crise de la COVID-19, on le voit chaque jour dans les médias, où il fait comprendre la gravité de la situation sur un ton rassurant.

Un exploit en soi.

Michel Fontaine a été sous-ministre à la Santé de 2014 à 2018, il a donc été le patron de M. Arruda, qu’il a également côtoyé alors qu’il était pdg de l’Agence de santé et de service sociaux de Québec, où il a vécu la crise de la grippe [A] H1N1 en 2009. Alain Poirier était le Directeur de la santé publique, M. Arruda était son bras droit.

Horacio Arruda travaille pour cette entité du ministère depuis l’an 2000, il la dirige depuis 2012.

Et depuis janvier, il doit gérer la plus importante tempête de santé publique que le Québec ait connue, jamais autant de mesures n’ont été prises pour limiter la propagation d’un nouveau virus. Chaque jour amène son lot d’annulation d’événements et de fermetures de toutes sortes.

Et le point de presse quotidien d’Horacio Arruda, du premier ministre François Legault et de la ministre de la Santé Danielle McCann.

Michel Fontaine garde un excellent souvenir du Directeur de la santé publique. «C’est un gars qui aime particulièrement son travail. Pour lui, la santé collective, la santé communautaire, c’est quelque chose de noble. Ce qui lui importe, c’est que la population soit en santé.»

Ça paraît.

Horacio Arruda est né il y a 59 ans au Québec de parents originaires des Açores, un archipel portugais de neuf îles au milieu de l’Atlantique, où il a encore de la famille. Il a trois grands enfants, une fille qui a un peu suivi ses traces — elle est pharmacienne — et deux fils, l’un est en sciences sociales et en relations internationales, l’autre est ingénieur informatique.

Coronavirus oblige, il ne va plus la fin de semaine à sa résidence familiale de Ste-Thérèse, il reste dans son condo à Québec.

Il a obtenu son doctorat en médecine en 1983 et il a complété cinq ans plus tard un certificat de spécialiste en santé communautaire et en médecine préventive. Il travaille donc sans interruption depuis 30 ans pour le bien-être collectif, d’abord pour la Cité de la santé de Laval où il était médecin-conseil.

C’est comme si sa vie l’avait conduit à être l’homme de la situation. «Il est très humain, c’est sa première qualité. […] C’est un gars qui est humble, il doit être un peu confondu avec la situation, avec le fait d’avoir tant d’attention. C’est quelqu’un qui a beaucoup de vision et qui est très rassembleur, il n’a pas un leadership d’autorité, plutôt un leadership de participation.»

C’est ce qu’on veut.

Ce qui ne l’empêche pas d’être ferme quand il le faut. «Il a cette capacité de devenir autoritaire dans une situation qui l’exige, comme celle-ci. Il est capable de dire : “Ceci n’est pas une recommandation, c’est un ordre.” […] Et s’il émet un avis qui n’est pas nécessairement bien reçu, il a le courage de le défendre.»

Sa compétence ne fait aucun doute. «Horacio est crédible et tellement intègre. On est chanceux que ce soit lui qui soit là, une personne qui aime autant son travail, qui en fait un objectif de vie, avec noblesse.»

La noblesse, c’est un mot qu’on entend trop peu.

Horacio Arruda est aussi un joyeux drille, «quand on avait une fête pour souligner un départ, c’est lui qui apportait le plaisir! C’est un côté qu’on ne voit pas dans les médias, mais c’est une personne très drôle, il est comique.» On l’a vu un peu cette semaine quand il a suggéré aux ados — qui ont parfois tendance à minimiser les risques — d’«éviter l’échange de produits biologiques» et de mettre du Purell à côté de leur bière.

On a ri, ça a fait du bien.

Michel Fontaine a vécu plusieurs crises de l’intérieur, autant comme pdg de l’Agence de la santé que comme sous-ministre. Il a une bonne idée de ce qui se passe actuellement. «Dans une situation comme celle-ci, on devient un peu comme une structure militaire. Les ordres partent d’en haut vers le bas. Une fois que la direction est donnée, on dit : “Oui, mon capitaine” et Horacio, c’est le capitaine.»

Il lui a envoyé quelques textos pour le féliciter. «Il m’a répondu qu’il était très satisfait de la façon dont ça se passait, il est content de l’appui du gouvernement, que toutes les suggestions qu’il fait sont accueillies. Des fois, quand un avis est donné, on se fait répondre que ce n’est pas bon d’un point de vue politique ou économique.»

La santé passe parfois en deuxième.

Il a vu ça pendant la crise du H1N1. «J’étais là, à l’Agence [de la santé et des services sociaux] et ça arrivait que les politiciens regardent si ça leur nuisait du côté politique. Là, on sent que personne ne veut se faire de capital, il n’a pas besoin de s’obstiner avec le politique. […] Je suis vraiment impressionné jusqu’ici par la gestion de la crise, les décisions sont prises rapidement, le gouvernement est capable de se revirer de bord en 24, 48 heures.»

Avec, aux commandes, un capitaine bienveillant.