Apprendre à pêcher les coques, avec ou sans siphon, est une tradition qui se transmet de parent à enfant, comme Mylène Moisan a fait avec son plus vieux, il y a environ 7 ans.

En direct des îles: se trouver un souper avec un siphon

CHRONIQUE / «Maman, quand est-ce qu’on va aux coques?» Nous sommes habituellement encore sur le traversier qui relie Souris aux Îles-de-la-Madeleine quand notre dernier pose la question, c’est toujours la première chose qu’il veut faire en arrivant.

On consulte le guide touristique, on y trouve les marées, elles sont cette année à la page 116. 

On y a mis un signet.

Les coques se pêchent à marée basse ou sur la fin du descendant, surtout à l’intérieur des baies où on a, au plus haut, de l’eau aux mollets. Quand vous voyez quelqu’un accroupi dans la lagune, il pêche des coques.

Dans le champ, il cueille des p’tites fraises.

La coque, mye de son vrai nom, est un mollusque qu’on retrouve un peu partout autour des Îles, une des rares pêches qu’on peut pratiquer sans permis, à condition de n’en prendre pas plus que 300. Et pas plus petites que deux pouces, 51 millimètres. 

Vous voilà informés.

Les gens ici parlent de pêche aux coques, Pêches et Océans Canada dit cueillette, ça ressemble presque à la chasse en fait. Une chasse à l’aveugle dans le sable où on doit saisir le mollusque avant qu’il ne se pousse.

Seul indice de sa présence, un petit trou dans le sable, la «paille» d’air par laquelle la coque respire.

J’ai essayé plusieurs techniques, la plus inusitée étant assurément celle du siphon de toilette, on le pose au-dessus du trou et on aspire le sable, en croisant les doigts pour que la coque soit emportée dans la succion. 

Il y a aussi la bonne vieille pelle ou une bêche à dents qu’on plante dans le sol, mais avec le risque d’écrabouiller littéralement les coquilles.

Je préfère de loin la technique la plus manuelle de toutes, les mains. Juste les mains. On marche lentement en quadrillant le sable des yeux, on localise un trou, on enfonce les mains de chaque côté en creusant dans le sable avec les doigts. Et tout à coup, on la touche, on essaye de la saisir avant qu’elle ne file, puis de la tirer vers soi alors qu’elle essaie tant qu’elle peut de résister.

Avec doigté, pour ne pas l’abimer.

Il n’y a pas grand-chose de plus zen que la pêche aux coques, par une paresseuse fin de journée sans vent, alors que le soleil fait réfléchir le chapelet de dunes autour dans la lagune comme dans un miroir d’eau. 

Si vous ne décrochez pas là, vous ne décrocherez jamais.

Nous arrivons toujours gonflés d’optimisme, avec plus de chaudières qu’il n’en faut. Pas grave, ramener le souper est un prétexte.

Il y a des épiceries sur le chemin.

Nous en ramassons généralement assez pour un goûter. Nous les laissons reposer au froid une journée dans l’eau salée pour qu’elles expurgent le sable, nous les cuisinons à la manière des moules et nous les dégustons, sans plus de cérémonie. Ne vous fiez pas aux apparences, elles sont meilleures qu’elles en ont l’air.

Les Madelinots les cuisinent en pâtés, en bouchées frites dans de la pâte à crêpes, au four avec du blé d’Inde.

C’est que la pêche aux coques fait partie de ces traditions qui remontent à très loin, aussi en Gaspésie et sur la Côte-Nord, où on a trouvé des coquilles dans les campements autochtones. Elle est même inscrite au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, qui nous apprend que «Dans Croquis laurentiens (1920), Marie Victorin décrit la pêche aux coques dans les années 1910 aux Îles-de-la-Madeleine comme “l’une des plus rudes besognes des Madelinots et des Madelinotes”. Marie-Victorin souligne qu’on cache cette “curiosité” aux étrangers.»

On dit aujourd’hui Madeliniennes.

On ne cache plus cette «curiosité», mais il reste encore une part de tradition orale, les touristes y étant souvent initiés par des gens de la place. 

Même chose pour les enfants, qui l’apprennent de leurs parents. 

Il y a quelque chose de réconfortant à reproduire avec eux ce geste de subsistance, à l’époque où il fallait se contenter de ce que la nature avait à offrir. Il fallait cultiver, pêcher, cuisiner.

Heureusement qu’il y a l’épicerie à côté, on serait chétifs sinon.