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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
«Je dis sculpture, c’est plus un dessin en reliefs, parfois tout simple comme de petites cabanes d’oiseaux, parfois plus travaillé, comme cet intrigant visage de femme fait de neige et figé avec de la glace.»
«Je dis sculpture, c’est plus un dessin en reliefs, parfois tout simple comme de petites cabanes d’oiseaux, parfois plus travaillé, comme cet intrigant visage de femme fait de neige et figé avec de la glace.»

De l’écorce faire une toile

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CHRONIQUE / Lorsqu’un monsieur ou une madame météo annonce une tempête, c’est souvent d’un ton contrit, l’air piteux de l’oiseau de malheur qui annonce aux gens qui l’écoutent qu’ils auront à sortir la pelle, peut-être se faire mal au dos.

Ça tombe nécessairement au rayon des mauvaises nouvelles.

Mais il y a, dans le quartier Maizerets, une femme qui aime la neige, je dis une femme parce que c’est la seule chose que m’en a dite une lectrice qui m’a écrit. Jacqueline m’a dit, allez marcher rue de Vitré, vous ne verrez rien en passant en voiture, il y a de jolies sculptures de flocons accrochées aux arbres.

L’écorce est la toile.

Jacqueline les a découvertes en marchant, c’est un peu avant la 24e Rue, un musée à ciel ouvert, une exposition éphémère. «Au début, m’a-t-elle raconté, j’ai vu cinq arbres décorés différemment. Après le redoux et la tempête, tout avait disparu.» Elle a voulu savoir qui faisait ça, quelqu’un lui a dit que c’était une femme.

Rien de plus.

J’y suis allée me promener deux fois, à quelques jours d’intervalle, une petite bordée est tombée entretemps. Et une nouvelle sculpture est apparue, un pot de fleurs tout autour du pied de l’arbre et des fleurs qui montent sur le tronc.

La sculpture était fraîche.

Je dis sculpture, c’est plus un dessin en reliefs, parfois tout simple comme de petites cabanes d’oiseaux, parfois plus travaillé, comme cet intrigant visage de femme fait de neige et figé avec de la glace. Sous celui-là, un petit carton blanc accroché avec une punaise, un nom écrit à la main, on dirait Hudon.

Sous celui-là, un petit carton blanc accroché avec une punaise, un nom écrit à la main, on dirait Hudon.

Ce n’est peut-être même pas une seule personne qui les a façonnés, c’est peut-être une œuvre collective de gens qui ne se connaissent pas. Des gens qui, voyant un arbre enjolivé, ont eu le goût de faire pareil.

Et ça fait boule de neige.

Une belle façon de mettre de la beauté dans l’hiver, et dans la ville aussi, sur cette rue qui n’a rien du Petit Champlain, entre un édifice en briques et les devantures de duplex en rangées. Ce petit bout de rue n’est plus comme de la Ronde ou Champfleury, parce qu’on a collé de la neige à ses arbres.

Et si d’autres faisaient la même chose dans d’autres rues, la ville prendrait vite des airs de forêt enchantée.

Autant de petits pieds de nez à l’hiver.

L’écorce est la toile.

Ça m’a fait penser à ce qu’on voit à Québec en été, ces écharpes en laine colorées qu’on enroule autour des arbres, cette même idée de mettre du joli sur le gris. Et ce n’est pas qu’à Québec, le «tricot urbain» gagne de plus en plus de villes depuis 2005, quand une fille de Houston au Texas a eu l’idée de recouvrir d’un tricot la poignée de porte de sa boutique de laine.

Le «yarn bombing» est né de cette toute petite idée, et il a fait le tour du monde. Il a été inscrit en 2015 au dictionnaire Oxford.

À partir d’une simple poignée de porte.

Et voilà que, rue de Vitré, une femme s’adonne à la sculpture de neige urbaine pour le plaisir des passants. On devine les signes de son passage par les traces de semelles autour des arbres, on la devine en train de faire le tour, se pencher pour prendre la neige, la transformer sous ses doigts.

Je suis restée plusieurs minutes sur le trottoir en espérant qu’une porte s’ouvre et que quelqu’un en sorte, les gens ne sont pas sorteux par les temps qui courent. J’aurais aimé en savoir plus sur cette artiste de l’éphémère, j’aurais aimé lui parler pour que je puisse vous parler d’elle.

J’aurais aimé lui dire merci.