Mylène Moisan
Les arcs-en-ciel se multiplient dans les fenêtres de Québec.
Les arcs-en-ciel se multiplient dans les fenêtres de Québec.

COVID-19: seuls ensemble

CHRONIQUE / Je me promenais sur la 4e Avenue, un bel après-midi doux, il y avait du monde, à peu près tous à deux mètres de distance les uns des autres. Sur un balcon, un chien, deux enfants qui s’amusaient, leur père assis à côté avec son ukulele.

Jouant l’air d’Over the Rainbow.

Chanson de circonstance vu les temps qui courent – qui ne courent plus du tout en fait – vu le temps qui s’est arrêté et qui nous amène, malgré nous, à nous poser et à espérer. Chanson de circonstance vu les arcs-en-ciel qui se multiplient dans les fenêtres, pour qu’on cherche le soleil dans la pluie.

Je vous traduis un couplet que je trouve à propos.

Un jour je ferai un vœu à la vue d’une étoile

pour me réveiller là où les nuages sont loin derrière moi

Là où les peines fondent comme neige au soleil

Le père jouait l’air d’Over the Rainbow en boucle comme une trame sonore de cette journée qui avait l’air d’une journée de printemps comme celle du printemps dernier, mais qui n’avait rien de normale. Nous vivons suspendus, les certitudes d’hier ne tiennent plus, nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

Nos repères nous ramènent à l’essentiel, la neige fond, les arbres auront bientôt des bourgeons, puis des feuilles. 

Pour le reste, on ne sait pas.

Les arcs-en-ciel se multiplient dans les fenêtres de Québec.

Ironiquement, notre lutte collective contre le coronavirus repose sur notre capacité à nous isoler, à rester chacun chez soi. J’ai vu passer sur les réseaux sociaux un résumé qui caricature bien le combat que nous livrons. «Vos grands-parents furent appelés à aller à la guerre. Vous êtes appelés à rester assis sur votre sofa.»

C’est plus que ça, évidemment.

Le succès de ce combat repose aussi, et surtout, sur notre capacité à retrouver le sens de la communauté, à être reconnaissant de la caissière à l’épicerie, du livreur, aux gens de l’entretien ménager, à nous assurer que les personnes seules ne manquent de rien, à penser à l’autre, simplement.

Lorsque le premier ministre François Legault a lancé un appel aux Québécois, la semaine dernière, pour qu’ils donnent un coup de pouce aux organismes manquant de bénévoles, le site web a été pris d’assaut. Faute d’aller sur Tinder, cette application de rencontres instantanées, on se «matche» pour aider.

Il en restera quelque chose.

Des entreprises font également leur part, entre autres des compagnies de construction qui sont à l’arrêt et qui donnent des sésames tant prisés, les fameux masques N95 qu’on s’arrache partout dans le réseau de santé, et des gants également. Grâce à elles, deux CHSLD de Québec ont reçu 660 masques et un CPE qui assure des services de garde pour les travailleurs essentiels, a eu 1200 paires de gants.

Il y a de beaux gestes un peu partout qui, comme le sel d’argent, révèlent ce que nous avons de meilleur.

Ça peut être juste acheter une pinte de lait à la voisine.

Ça peut être comme cette femme qui accroche de petits mots d’encouragement sur sa corde à linge, pour remonter le moral des passants.

Ça peut-être un souper d’anniversaire, laissé devant la porte.

Ou un simple coup de fil.

Les arcs-en-ciel se multiplient dans les fenêtres de Québec.

Nous entrons dans le mois d’avril comme dans une chambre noire, en tentant de tirer le plus beau de nos négatifs. Autant que faire se peut. Cette pandémie est aussi faite de drames et de détresse.

Il ne faut pas l’oublier.

Chez les Attikameks, où chaque mois est lié à une étape de la nature, avril c’est Ka Wasikatock Pisimw, le mois où la lune se reflète sur la glace.

Elle nous montre ce que nous sommes.

Seuls ensemble.