Guylaine Guay travaille fort pour que les gens comprennent mieux ce qu’est l’autisme, dont est atteint son fils Clovis (photo) et son aîné Léo.

«Clovis chanceux»

CHRONIQUE / Notre dernier a huit ans, il parle à donner le tournis, à se demander comment il arrive à émettre un tel flot de paroles.

C’est bien pour dire, à deux ans, les médecins s’inquiétaient qu’ils ne disent que quelques mots.

Ils pensaient qu’il était sourd.

Le dernier de Guylaine Guay, lui, n’a jamais commencé à parler. Clovis a 15 ans, il baragouine quelques mots tout au plus, jamais de phrases structurées. Il ne peut pas dire ce qu’il veut, ce dont il a besoin.

Ni «je t’aime».

Clovis est autiste, autiste non verbal, ce qui limite les discussions à pas grand-chose. Guylaine lui parle, sans trop savoir ce qu’il comprend.

Je suis Guylaine sur Facebook, elle y partage des bribes de sa vie avec ses deux gars, son plus vieux est autiste aussi, mais il parle. Beaucoup. Elle partage ses réflexions sur le monde, ou sur le souper qu’elle lui a préparé.

Léo, 17 ans, dit ce qu’il pense.

Voyez, le 23 juin, Guylaine s’est payé un peu de luxe à la boucherie.

«Moi : J’ai acheté des petits filets mignons pour célébrer le début des vacances...

Léo : Je vois rien de mignon.

#MonLéo»

Je vous ai parlé en janvier 2017 de Guylaine Guay, animatrice et comédienne que vous pouvez voir à la télé et entendre à la radio, elle me racontait comment elle devait toujours surveiller son Clovis, entre autres pour ne pas qu’il mange ses babouches. Clovis a cette fâcheuse manie de tout porter à sa bouche.

Il ne mange plus ses babouches.

Il raffole des effaces et des gommettes bleues.

Miam.

Je vous parlais de Guylaine et de ses deux fils parce que Guylaine avait demandé le supplément pour enfants handicapés, dont les grilles d’analyse ne convenaient pas pour les autistes. Un enfant gavé se qualifiait. Un enfant qu’il faut surveiller pour ne pas qu’il mange la colle à tapis, non.

Guylaine a fini par y avoir droit.

À la maison, elle ne peut pas le laisser d’une semelle, surtout quand le ciel est à l’orage. Clovis a une peur bleue du tonnerre. Comme le 3 septembre, journée où Dame Nature jonglait entre le beau temps et le mauvais. Pour Guylaine, ça veut dire une journée à jongler avec les humeurs de Clovis.

Clovis «Colette Provencher» Beaudin scrute méticuleusement l’horizon.

Menaçant mélange de soleil et de tonnerre.

Et scande de sa voix qui mue son grand classique : «The storm is coming, WE’RE ALL GONNA DIE !!!!!!!»

Rien de moins.

#ÇaVaÊtreUneLongueJournée»

Puis, cet autre statut:

«Je t’explique.

Quand il tonne, Clovis se réfugie dans la salle de bain. Évidemment, comme il est très anxieux et qu’il risque de se donner des coups, je l’accompagne. Depuis ce matin; soleil, tonnerre, soleil, tonnerre, soleil, tonnerre, soleil, tonnerre, soleil, tonnerre.

Nous avons passé grosso modo 2h30 dans la bécosse.

Mets ça dans ta pipe Mères à boutte à Canal Vie.»

Le pire, c’est que Guylaine n’a même pas l’air à boutte, elle raconte avec humour les tranches de vie de ses gars, et on se dit en lisant ça qu’on serait à boutte à moins. On est à boutte à moins.

Tenez, cette autre tranche de vie, en juin. «Essayer d’expliquer et mimer à Clovis qu’il ne peut prendre de bain à cause de son otite et que je vais le laver à la débarbouillette aura été la chose la plus abstraite et drôle que j’aurai fait cette semaine! Ma vie est une partie de Cranium sans fin.»

Guylaine travaille fort pour que les gens comprennent mieux ce qu’est l’autisme, que ce n’est pas une maladie, mais une autre façon de voir le monde. Elle a écrit un livre il y a quatre ans, Deux garçons à la mère, qui a donné naissance à la Fondation Véro et Louis, pour avoir des maisons pour autistes.

Ça avance.

Fin septembre, elle a participé à l’annuelle vente de garage de la Fondation, elle a vendu le vélo de Clovis.

Un beau moment.

«Aujourd’hui, la bicyclette adaptée de Clovis a été achetée par la famille d’un petit Olivier.

Olivier a pris place sur la monture en disant : «Ma bicyclette». Sa mère et moi, on s’est fait un câlin. On a même pleuré un peu. Il y a un fil d’amour invisible entre tous les parents d’enfants autistes.»

Il y a eu un plus beau moment encore, le 6 septembre, une journée qui s’annonçait comme les autres.

«Ce matin, j’ai vécu toute une affaire!!!!!

Mon Clovis était collé sur moi, avant de partir à l’école et comme tous les matins je lui dis :

- Je suis chanceuse d’être ta maman.

Et contrairement à d’habitude où il se met à chanter une toune de Bob l’Éponge ou une comédie musicale grecque inconnue, il a dit, en ne me regardant pas évidemment :

- Clovis, chanceux.

Ne JAMAIS sous-estimer le pouvoir de compréhension d’une personne autiste non verbale!!!!!!!!!!!!!!!

C’est confirmé, il m’aime.»

À 15 ans, pour une première fois, son gars lui a dit je t’aime, pas avec ces mots-là, mais c’est tout comme.