Spiritualité

Mozambique: la terreur, mais au nom de qui?

CHRONIQUE / Au Québec, la pandémie provoquée par le nouveau coronavirus semble ralentir, ce qui est d’un grand soulagement en cette période estivale.

Ailleurs, le début de l’été a été plus difficile et des régions paradisiaques se sont transformées en enfer. C’est le cas du Mozambique, pays de l’Afrique australe dont les rives font face à la fascinante île de Madagascar, située à plus de 500 km au large. Là-bas, ce n’est pas la COVID-19 qui provoque le plus de morts pour l’instant. À ce chapitre, au 2 juillet 2020, les chiffres officiels indiquaient que seulement six personnes étaient décédées de la maladie et qu’il n’y avait qu’un millier de personnes infectées. Bien sûr, d’aucuns pourraient argumenter que le gouvernement de l’un des pays les plus pauvres du continent africain n’a pas la capacité de faire une recension régulière comme celle qui se pratique ici. Peu importe, un sujet tout aussi grave – et qui a commencé bien avant la pandémie – retient aujourd’hui notre attention : les attaques terroristes.

En effet, depuis la fin de l’année 2017, plus de 1100 personnes sont mortes dans des raids contre des villes et villages situés dans la province de Cabo Delgado, au nord-est du pays, dont 700 civils. Plus de 200 000 personnes ont fui leur maison. Les attaquants font partie de groupes s’identifiant à l’État islamique (ÉI).

Témoin de cette destruction, la communauté des Carmélites Thérésiennes de saint Joseph a dû fuir de ses installations de la ville de Macomia pendant quelques jours. Une attaque « violente et cruelle » a commencé le 28 mai « à l’aube » et s’est poursuivie pendant trois jours. Les religieuses ont confié à l’organisme international Aide à l’Église en Détresse (AED) qu’une partie de la ville a été complètement saccagée par les terroristes. On compte 22 morts. Malheureusement, l’AED a appris qu’une deuxième attaque est survenue dans la province, cette fois dans la ville portuaire de Mocímboa da Praia, le 27 juin. Celle-ci aurait fait plusieurs victimes et aurait également été très destructrice. Les insurgés lourdement armés qui ont mené l’attaque appartiendraient au groupe Al Sunnah wal Jama’ah (ASWJ).

Seulement la religion ?

Lors de sa rencontre du 9 au 13 juin, la Conférence épiscopale du Mozambique a adressé une lettre aux habitants du Cabo Delgado. Les évêques y dénoncent « les atrocités ». Ils questionnent aussi « Pourquoi tant de douleur ? », considérant que « la cause de tant de souffrances a de profondes racines ». Ils demandent « une réponse urgente à cette tragédie ».

Les attaques au Mozambique rappellent curieusement celles observées ailleurs en Afrique. Sous les allures d’un conflit religieux, les membres de l’Église sur le terrain nous affirment qu’il y a souvent plus. Ainsi, la pauvreté, le chômage et le manque d’éducation permettent à ces groupes d’enrôler des jeunes en quête d’idéaux, auxquels le sentiment d’appartenance religieuse répond magnifiquement. Mais, l’objectif de ces groupes est de plus en plus clair : mettre la main sur les richesses naturelles d’un territoire ou permettre à d’autres d’y accéder.

À noter, ce n’est pas tout le Mozambique qui est sous attaque, mais bien une région où les richesses naturelles abondent et sont encore largement inexploitées. Le même genre d’attaques ciblées – n’incluant pas toujours l’aspect religieux toutefois – se passe ailleurs en Afrique, notamment en République centrafricaine et en République Démocratique du Congo. Dans ce dernier pays, les gens disent : « On vient de trouver des minerais dans mon village, alors la guerre s’en vient. »

Écrivons-le, les matières premières en Afrique sont sources de pauvreté pour la population des pays où elles se trouvent, une observation faite par les Églises locales depuis bien des années. Une pauvreté due à la corruption et à la mauvaise gestion des profits engendrés par ces ressources, lesquels se retrouvent souvent dans les poches de quelques-uns, achetés par des multinationales asiatiques et occidentales, dont certaines sont canadiennes.

En 2018, dans la préface qu’il signait à la sortie du dernier Rapport sur la liberté religieuse de l’AED, l’archevêque de Bangui, capitale de la République centrafricaine, le tout jeune cardinal Dieudonné Nzapalainga, écrivait ceci. « De manière assez récurrente, on retrouve entrelacées les dimensions politique, économique et religieuse. En général, on s’aperçoit malheureusement que les éléments religieux sont instrumentalisés en vue d’intérêts politiques ou économiques et, le plus souvent, les deux à la fois. »

Est-ce le cas au Mozambique ?

Seule l’histoire le dira, mais tous les ingrédients semblent réunis, malheureusement.

Mario Bard

AED Canada