Migrer, une «stratégie de survie»

CHRONIQUE / Le Québec, dans l’imaginaire de nombreux peuples, notamment ceux du Sud, est une terre d’accueil et de libertés. Plusieurs parmi les migrants en provenance de pays en crise, ou pas, choisissent de s’y installer pour accéder à de meilleures conditions de vie.

Il n’existe pas de définition universelle du terme « migrant ».

La politique relative à la migration de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge définit un migrant comme une personne qui quitte ou fuit son lieu de résidence habituel pour une nouvelle destination, à l’étranger ou à l’intérieur de son propre pays, dans l’espoir d’y trouver la sécurité ou des conditions d’existence plus favorables.

La migration peut être forcée ou volontaire ; mais, dans la plupart des cas, elle résulte d’une combinaison de choix et de contraintes, ainsi que de la décision de s’établir ailleurs pour une période durable. Ainsi, conformément à la politique de la Fédération internationale, le terme « migrant » regroupe entre autres les travailleurs migrants, les apatrides et les migrants considérés en situation irrégulière par les autorités publiques.

Complexité de la migration forcée

Qu’est-ce qui pousse les gens à migrer, quittant ainsi leurs maisons, leur famille et leurs amis ? Qu’est-ce qui les pousse à partir, alors que d’autres restent ? Pourquoi entreprendre des périples souvent périlleux et d’y risquer leur vie ? Ces questions illustrent la grande complexité de la migration forcée. Les gens décident souvent de tout quitter lorsqu’ils constatent qu’ils ne peuvent plus survivre là où ils sont.

Les causes qui les poussent à fuir sont complexes, multiples et interreliées : pauvreté chronique, instabilité politique, génocide ethnique ou religieux, gouvernance non démocratique, guerre civile, catastrophes écologiques, catastrophes humanitaires. La relation de cause à effet n’est pas nécessairement directe entre un mouvement migratoire et une cause particulière.

Il existe plutôt un ensemble de facteurs déclencheurs et de causes profondes qui interagissent de façon complexe et parfois imprévisible. Jamais autant de personnes n’ont fui la guerre, la persécution, les désastres naturels, la pauvreté extrême et les mégaprojets de développement.

Comment dénombrer les déplacements ?

Temporaires ou définitifs, régionaux ou internationaux, les déplacements de populations sont divers dans l’espace et dans le temps. Ils demeurent en conséquence très difficiles à quantifier. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’immense majorité – 95 % – de ces déplacements contraints se font à l’échelle nationale.

Au Bangladesh, par exemple, les migrations internes sont « devenues une véritable stratégie de survie pour les populations » dans un pays « soumis à l’élévation du niveau de la mer, aux inondations, sécheresses, cyclones et érosions ». Derrière cette réalité, et c’est le cas de plusieurs pays, se trame également l’aggravation des situations de grande précarité. « Les gens partent pour survivre. Ils quittent un endroit vulnérable pour un autre endroit tout aussi vulnérable ».

Pour eux, l’exil est sans fin. Mais pour d’autres, la situation oblige à passer les frontières, à s’établir ailleurs.

Tant que les droits humains fondamentaux ne seront pas respectés au sein de démocraties inclusives et participatives, les migrations forcées ne feront qu’augmenter a déclaré Serge Langlois, directeur général de Développement et Paix – Caritas Canada. Cet organisme exhorte le Canada à faire plus pour s’attaquer aux causes profondes de la migration forcée, en plus de garantir une aide humanitaire pour toutes les personnes migrantes et leurs communautés hôtes.

La migration au Québec

Ici, au Québec, le projet de loi sur la laïcité et récemment la problématique de l’accueil des réfugiés a donné lieu à l’expression de réactions de rejet et d’attitudes ouvertes d’intolérance. Mais cette attitude a été le fait d’une minorité de Québécois et de Québécoises.

La grande majorité, comme en témoignent les nombreux gestes de solidarité et d’hospitalité, a démontré beaucoup de compassion et de générosité. Nous pouvons nous réjouir que de nombreux citoyens et citoyennes, les acteurs de la société civile et les institutions aient fait le choix de solidifier les charpentes sans cesse attaquées du vivre-ensemble.

Derrière le portrait sombre des menaces sur la culture et l’identité se cachent des actes de citoyens qui contribuent à une meilleure cohabitation entre les communautés, des relations sociales apaisées dans l’espace public, une capacité à transcender nos différences. Nous avons le devoir d’accueillir les migrants dans nos cœurs, dans nos vies.

Ces personnes résilientes, combatives qui ont fui les vicissitudes d’une existence qui tient sur un fil ; ces personnes grugées par la peur, la faim et la maladie tentent de trouver quotidiennement et avec panache et détermination des moyens pour prendre en main leur destin.

Je suis charmée par la vitalité et l’authenticité des migrants qui, malgré les nombreuses embûches à leur liberté d’exister, se tiennent encore debout.

Marie Fall

Professeure en coopération internationale à l’UQAC

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