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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Si l’objectif est de protéger les personnes les plus à risques de la COVID-19, pourquoi la campagne de vaccination écarte-t-elle des personnes considérées plus à risques?
Si l’objectif est de protéger les personnes les plus à risques de la COVID-19, pourquoi la campagne de vaccination écarte-t-elle des personnes considérées plus à risques?

Une vaccination incohérente

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CHRONIQUE / Pendant que plusieurs essaient de comprendre les nouvelles mesures sanitaires, j’essaie de comprendre la campagne de vaccination, l’ultime arme contre le virus.

Même si le premier ministre François Legault a déclaré qu’aucune région n’est « à l’abri d’une explosion de cas », que les variants sont plus contagieux et même « plus vicieux que jamais » et que le Dr Horacio Arruda a ajouté que « certains variants donnent plus de complications » et qu’il faut « protéger les personnes les plus à risques », le plan de vaccination semble pourtant délaisser une partie de la population plus à risque.

Mardi soir, le premier ministre a déclaré que la vaccination pour les personnes ayant des maladies chroniques allait commencer à Montréal, et donc bientôt dans le reste du Québec. À ce moment-là, sur le site du gouvernement, cette catégorie, la huitième, évoque une liste de maladies chroniques, sans mentionner d’exceptions ou de conditions particulières. Comme le suggérait l’Avis préliminaire sur les groupes prioritaires pour la vaccination contre la COVID-19 au Québec que le gouvernement soumet encore comme référence, d’ailleurs.

Puis mercredi midi, le gouvernement a donné quelques détails sur cette étape de la vaccination. On apprend que seulement les cas hospitalisés, les patients et patientes en suivis en milieu hospitalier, les personnes greffées (de moins de 6 mois) et les personnes sous traitement pour des cancers sont priorisés, de même que les personnes ayant des allergies possibles avec le vaccin. 

Donc, contrairement à ce qui était prévu, on exclut toutes les personnes qui font du diabète de type 2, de l’hypertension ou ont des maladies cardiovasculaires ou respiratoires et qui étaient dans la liste de la catégorie 8. Mais les exceptions ne se terminent même pas là.

Quand on clique sur les documents, ce ne sont pas toutes les personnes sous traitement pour des cancers qui sont priorisées, seulement celles qui ont une chimio. Une personne qui traite un cancer sans chimio ne rentre pas dans cette catégorie.

Sur le bout des lèvres, et en dernière phrase des consignes, on indique que les pharmacies « pourront également contribuer à rejoindre des personnes présentant ces conditions qui ne pourront être vaccinées en milieu hospitalier. »

Cette information a aussi été mentionnée par Horacio Arruda, en répondant à une des dernières questions du point de presse, sans expliquer le comment du pourquoi.

Plusieurs questions

Depuis que j’ai écrit sur cet enjeu jeudi, plusieurs personnes m’ont contacté. Parfois asthmatiques, parfois greffées, parfois diabétiques de type 2, parfois leucémiques, parfois immunosupprimées, parfois avec de l’hypertension. Elles sont perdues dans les consignes. 

Si les pharmacies peuvent « contribuer », de quelle façon exactement? Parle-t-on de toutes les personnes qui sont dans la liste originale des maladies chroniques ou c’est une autre liste restreinte pas encore publiée? 

Ce ne sont pas toutes les pharmacies qui offriront la vaccination. Que doit faire une personne qui a son dossier avec ses conditions médicales dans une autre pharmacie?

Les pharmacies auront-elles assez de doses pour couvrir l’ensemble des personnes avec des maladies chroniques?

Si finalement toutes les personnes avec une maladie chronique ne sont pas vaccinées en priorité, y compris les maladies respiratoires alors que le virus attaque le système respiratoire, pourquoi ces personnes sont-elles écartées des priorités?

L’obésité a été mise dans les maladies chroniques et est considérée comme facteur de risque, mais la majorité des personnes grosses n’ayant aucune hospitalisation ou médicament relié à leur poids, par qui ces personnes seront-elles vaccinées?

Est-ce normal qu’une personne qui a un cancer de l’utérus doive faire une heure de recherche sur le site du gouvernement pour comprendre que son cancer ne fait pas partie des personnes visées par la catégorie 8, même si en point de presse on déclare que les personnes qui ont un cancer seront maintenant vaccinées? L’information devrait être claire et facilement accessible, pas cachée dans un document PDF.

L’INSPQ, dans un document mis en ligne mercredi, soutient que les personnes avec des maladies chroniques les plus à risques, donc les personnes hospitalisées, auraient dû être vaccinées en même temps que la catégorie 6 et les maladies chroniques stables en catégorie 8. Pourquoi cette recommandation n’a pas été suivie? 

Le principe de vacciner les personnes à risques avant la population générale afin de prévenir les complications et les hospitalisations demeure, comme le répète Horacio Arruda à tous les points de presse, alors pourquoi écarter des personnes plus à risques que la population générale et déjà ouvrir une nouvelle catégorie (les travailleurs et travailleuses essentielles)? Les personnes avec les maladies chroniques sont-elles moins à risques que les travailleurs et travailleuses essentielles qui n’ont pas de maladies chroniques? 

Je ne comprends pas le plan de vaccination en ce moment et pendant ce temps, des gens avec des maladies chroniques angoissent et se sentent abandonnés. La moindre des choses serait de prendre le temps d’expliquer le plan.