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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
La pandémie a montré qu’on est capable de se virer un dix cents et que derrière nos solitudes, on a pu voir l’importance de la solidarité et la force du collectif. On ne s’en serait jamais sorti sans cet effort collectif.
La pandémie a montré qu’on est capable de se virer un dix cents et que derrière nos solitudes, on a pu voir l’importance de la solidarité et la force du collectif. On ne s’en serait jamais sorti sans cet effort collectif.

Une année entre quatre murs

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CHRONIQUE / Le 13 mars 2020 fera sûrement partie de ces dates dont on va toujours se souvenir ce qu’on faisait, où on était et avec qui. Personne n’avait jamais vécu de confinement. Tout d’un coup, la pandémie devenait vraiment sérieuse. Il ne fallait surtout pas manquer de papier de toilette.

Je me souviens très bien du 11 septembre 2001. J’étais préposé à l’entretien dans un magasin grande surface. Je suis entré dans la salle de pause pour y faire du ménage et tout le monde était concentré sur la télévision. L’image du premier avion en boucle, l’incompréhension, puis, en direct, le deuxième avion dans les tours. Je n’oublierai jamais ce moment.

Même chose avec l’attentat à la mosquée de Québec, le 29 janvier 2017. Je me souviens de ma lecture des alertes. Le choc, puis le devoir professionnel qui essaie de prendre le dessus : comment en parler en ondes?

Le confinement a pris tout le monde par surprise. J’oserais même dire la santé publique qui, quelques semaines avant, ne semblait pas s’inquiéter du virus qui se propageait en Asie.

Je sais que je vais toujours me souvenir de comment on a appris la nouvelle du confinement, la réorganisation du travail, l’incertitude sur les emplois, l’espèce de nouvelle réalité à absorber et intégrer, les nombreuses questions sans réponses, les premiers points de presse et le stress qui les accompagnait.

Je n’y croyais pas trop que ça allait durer seulement deux semaines, quelques mois me semblaient plus probables. Mais qui aurait parié qu’un an plus tard on aurait encore des mesures aussi strictes? Une partie du Québec a retrouvé un peu de lousse, mais plusieurs sont encore en télétravail ou sans revenus, les activités sociales demeurent limitées, les masques, la distanciation, bref, mars 2021 ressemble beaucoup à mars 2020 – l’effet surprise en moins, mais un couvre-feu en bonus.

Ce qui nous manque

Le télétravail n’a pas que du mauvais, mais il empêche de côtoyer les collègues qui sont plus que des collègues. Cette amitié, cette complicité, elle manque. Même les petites conversations de corridor peuvent manquer quand on est dans une belle équipe. Chaque fois qu’une réunion virtuelle bifurque vers des discussions personnelles, on peut voir cet ennui, cette complicité qui s’appelle.

La situation varie selon le contexte. Les personnes en couple recherchent, semble-t-il, ces moments de vivre en dehors du couple. C’est super important pour une relation saine d’avoir aussi une vie en dehors du couple. Même chose pour les familles, je crois qu’autant les parents que les ados rêvent d’une pause de l’autre.

Les personnes seules, elles, recherchent ces moments de chaleur humaine. Pas nécessairement des relations sexuelles, juste se blottir dans les bras d’une autre personne, se jouer dans les cheveux, dormir en cuillère, échanger un regard complice, avoir un fou rire commun, discuter de trucs importants ou anodins. Je dis ça et j’entends déjà des amies insister que frencher leur manque aussi.

Je ne pense pas que le masque soit la fin du monde et je ne le trouve pas envahissant en soi, mais je ne crois pas que beaucoup de monde va s’en ennuyer lorsque l’obligation de le porter tombera. Je doute que ça reste dans nos mœurs comme en Asie, même si la plupart d’entre nous ont pris l’habitude. Le lavage des mains pourrait rester quand on entre dans un lieu public. Ce ne serait pas une mauvaise idée en fait.

Plusieurs autres choses manquent : les karaokés, les festivals, les spectacles, les brunchs familiaux, les partys d’anniversaire, les 5 à 7 qui s’étirent, les sports d’équipes, mais derrière tout ça, c’est en fait la connexion avec l’autre qui manque. L’activité est l’excuse pour se retrouver.

Ce qui ne manque pas

Soyons honnêtes, il y a des choses qui ne manquent pas de la vie d’avant. Les heures de pointe, entre autres. Je crois que c’est un des pires effets de notre société. Que ce soit en automobile, en autobus, en vélo, à pied, ça mine la santé mentale. Le vélo est clairement le plus agréable du lot, mais il n’est pas sans stress pour autant – quand une voiture te coupe, par exemple. 

Je sais que ce n’est pas tout le monde qui est aussi irrité que moi par les heures de pointe, mais je suis sûr que personne ne s’ennuie du trafic – bien qu’il soit en partie revenu depuis, alors qu’il était complètement disparu au printemps. 

Le bonheur se vit en partie en mou. C’est du moins ce qui se dégage des nombreux selfies des personnes qui ont été en télétravail depuis un an. Pas nécessairement le pyjama, mais bien du monde ont réalité que le premier critère pour un vêtement peut être le confort avant le look. Personne ne s’habille en veston-cravate pour le fun un dimanche à la maison. Selon plusieurs témoignages, bien des femmes ont découvert le bonheur du no-bra, c’est-à-dire ne plus être obligée de porter un soutien-gorge. 

Si plusieurs s’ennuient des collègues, j’ai vu passer plusieurs statuts de personnes contentes de ne plus côtoyer des collègues qui tapent sur les nerfs. C’est plus facile à gérer une distance sur Zoom que dans la salle à café.

Le changement de beat a aussi permis à des gens de réaliser qu’ils n’étaient pas bien dans leur vie et ont profité de la crise pour faire des changements. Parfois c’est l’employeur, parfois la carrière, parfois la ville, mais ç’a été le moment de repartir à neuf. 

Pour d’autres personnes, l’incapacité de pouvoir continuer à sortir plusieurs fois par semaine a imposé une introspection. Pourquoi courir partout tout le temps? Les habitudes reviendront peut-être chez plusieurs, mais je crois que pour d’autres, la réflexion va durer dans le temps. 

On parle souvent du retour à la vie normale. Je fais partie de ceux et celles qui trouve que le normal d’avant la pandémie était problématique, que notre mode de vie était loin d’être sain – les inégalités sociales, la crise environnementale, l’augmentation des problèmes de santé mentale, de grosses vagues nous attendent après la COVID-19. Je ne me fais pas d’illusion que la pandémie va créer un changement profond, malgré ses prises de conscience et réflexions. 

Par exemple, combien de personnes âgées vont retrouver leur solitude d’avant alors que depuis un an, des gens réclament le droit de les visiter? Probablement trop. Va-t-on vraiment améliorer la qualité de vie dans les CHSLD, les résidences privées ou les futures maisons des ainés? 

Néanmoins, je crois que quelque part, cette année passée entre quatre murs, ou sous un stress énorme pour les travailleurs et travailleuses essentielles, permettra de pousser les remises en question plus loin. Avec des exemples concrets de ce qui n’allait pas. La pandémie a montré qu’on est capable de se virer sur un dix cents et que derrière nos solitudes, on a pu voir l’importance de la solidarité et la force du collectif. On ne s’en serait jamais sorti sans cet effort collectif.