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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Malgré le contexte de la crise sanitaire, le ministre des Finances Eric Girard et le premier ministre François Legault étaient fiers de présenter le budget 2021-2022 du Québec, jeudi. ­
Malgré le contexte de la crise sanitaire, le ministre des Finances Eric Girard et le premier ministre François Legault étaient fiers de présenter le budget 2021-2022 du Québec, jeudi. ­

Un budget naïf

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CHRONIQUE / Après quelques minutes à écouter le ministre des Finances, Eric Girard, présenter son budget, je me suis fait la réflexion qu’il avait un ton vraiment monotone, comme un message préenregistré. C’est justement à ça que ressemble son budget.

Les gouvernements sont toujours bien fiers de leurs budgets, même lorsqu’ils sont mauvais. C’est l’effet d’équipe ou l’effet cheerleading, toujours faire croire qu’on est les meilleurs. Je me demande tout de même de quoi François Legault et Eric Girard sont si fiers avec ce budget.

Je ne m’attendais pas à un budget éclatant, nous sommes en pandémie et c’est normal que le gouvernement arrive avec un budget prudent comme il a présenté jeudi, mais je me serais plus attendu à un ton qui souligne que ce n’était pas facile préparer un budget dans ce contexte. Au contraire, il y avait un certain enthousiasme et je ne comprends pas d’où il vient.

La prudence était de mise, maintenir les déficits aussi. La majorité des spécialistes suggéraient cette direction, même ceux et celles les plus à droite, mais cette prudence a permis au gouvernement de placer des pions pour la prochaine élection. Peut-être que Legault et son équipe sont contents de leur coup d’échec.

Les décisions difficiles ont été reportées au prochain mandat. Parce que le gouvernement devra éventuellement prendre des décisions impopulaires – hausses de certains impôts ou compressions – pour retrouver l’équilibre budgétaire, mais il s’est permis d’attendre après les prochaines élections. Pour la CAQ, c’est un bon coup, pour la population, c’est risqué.

On peut déjà deviner que le gouvernement optera pour des compressions s’il est réélu, alors que la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a déclaré vouloir dégager deux milliards de dollars d’ici deux ans avec des « mesures d’optimisation », une belle expression pour parler de compressions. Comment? En coupant éventuellement 5000 postes dans les ministères et organismes.

La résilience

La plupart de ces décisions difficiles n’avaient pas à se prendre maintenant, mais le gouvernement aurait pu être plus audacieux. Par exemple, il est évident qu’il ne fallait pas augmenter les impôts des particuliers ni des PME. L’année a été difficile financièrement pour trop de monde. Toutefois, il y en a qui se sont enrichis grâce à la pandémie, il y en a pour qui l’année a été plutôt fructueuse, très fructueuse. 

Je sais, ce n’est pas du tout le style de la CAQ de taxer les grandes fortunes, au contraire. Personnellement, ça m’agace quand même de voir un gouvernement vanter la résilience du Québec, alors qu’elle existe grâce à des emplois mal rémunérés, au personnel de la santé épuisé par un manque de financement adéquat, au dévouement des corps enseignants et à la sueur des petites entreprises. Et donc surtout les femmes, puisque ce sont elles qui occupent principalement ces emplois. C’est une belle qualité la résilience, mais c’est cruel de compter sur celle-ci pour boucler un budget. 

Le gouvernement mise donc sur la résilience des femmes pour son budget tout en investissement très peu pour les défendre. Les centres d’hébergement estiment qu’il manque environ 30 M$, là, maintenant, pour réussir à répondre à la demande actuelle. Malgré la vague de féminicides, la réponse du gouvernement est 22,5 M$ sur cinq ans. Pour ajouter à l’injure, la plupart des centres n’ont toujours pas reçu l’argent promis il y a plus d’un an. 

Comme si ce n’était pas suffisant, selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), les investissements pour relancer l’économie se font principalement dans des secteurs typiquement masculins. Une chance que les femmes sont résilientes!

Il y a certes des réinvestissements en éducation et en santé, mais avec l’année qu’on vient de traverser, l’inverse aurait été irresponsable. Ça parait énorme, 1,5 milliard $ en éducation, mais cela servira à rattraper certains retards seulement. Même chose en santé, sur les 10 milliards $ annoncés, 7 servent à passer à travers la pandémie, il ne reste donc pas grand investissement pour le système après. D’ailleurs, la santé occupait 49,6 % du budget 2020-2021, mais n’occupe que 43 % du budget 2021-2022.

Peu d’investissements aussi pour les CPE, malgré le besoin criant, malgré le retard sur les objectifs que le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, admet lui-même. Les récents allègements bureaucratiques ne seront pourtant pas suffisants pour créer ces milliers de nouvelles places.

L’environnement

Un grand absent demeure l’environnement. Le budget du Québec fait 508 pages et le mot environnement n’est présent que 71 fois – ce qui inclut les fois où on nomme le ministère du même nom. La plupart du temps, le mot est utilisé pour parler d’une ambiance (climat sain) ou d’un décor (milieu de travail).

Pour le retrouver avec un sens écologique, il faut aller lire cette ligne sur des investissements en aérospatial « qui répondront aux impératifs environnementaux et économiques de demain », ou cette page sur des investissements pour une économie durable qui va « maintenir l’intégrité de l’environnement », ou la page D89 qui souligne que « les solutions aux défis environnementaux découlent d’idées innovantes », autrement dit, une aide à la recherche pour des entreprises de 29 M$. C’est peu d’argent pour le nombre d’idées innovantes dont on a besoin. 

En dehors du Plan pour une économie verte 2030 présenté l’automne dernier et qui a déçu la majorité des environnementalistes, il n’y a presque aucun investissement pour préparer le Québec à la crise climatique déjà présente. Un petit 15 M$ sur 3 ans pour protéger l’environnement en améliorant la gestion de l’eau (15,8 M$ sur 3 ans).

Ça en dit long quand le financement pour accélérer les demandes d’approbation environnementale – pas pour mieux protéger l’environnement, mais pour accélérer le processus des projets – est plus élevé que la recherche de solution (41 M$). Encore une fois, l’économie d’abord, l’environnement ensuite, même si bien des spécialistes croient que l’environnement pourrait être un moteur de relance économique. 

C’est un budget prudent, qui permettra de passer à travers la pandémie, stratégique même, d’un point de vue électoraliste, mais naïf, aussi. Il m’apparait que le gouvernement n’a pas retenu les leçons de la crise sanitaire. C’est une évidence que la meilleure façon de traverser les crises est d’investir en prévention. Mais on fait comme si la crise climatique n’était pas déjà à nos portes et que ce qui avait fait mal pendant la pandémie n’était pas dû aux désinvestissements dans notre filet social.