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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
En soulignant son épuisement professionnel, les gens ne remettent pas en question les capacités de Vincent Boutin, mais alimentent plutôt les préjugés sur la santé mentale.
En soulignant son épuisement professionnel, les gens ne remettent pas en question les capacités de Vincent Boutin, mais alimentent plutôt les préjugés sur la santé mentale.

Pas assez solide pour la politique ?

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CHRONIQUE / La politique, c’est exigeant. Que ce soit dans une municipalité, à l’Assemblée nationale ou à la Chambre des communes. Mais soutenir qu’une personne n’est pas capable de prendre cette charge parce qu’elle a déjà eu un épuisement professionnel, c’est mal comprendre les raisons qui mènent à un tel état de santé.

À Sherbrooke, le conseiller municipal Vincent Boutin a été frappé d’un épuisement professionnel en juin dernier, prenant une pause de quatre mois pour se reconstruire une santé. Vincent Boutin fait partie de ces noms qui circulent pour l’éventuelle course à la mairie de Sherbrooke — il va annoncer ses intentions dans les prochaines semaines. 

Chaque fois que je vois passer son nom sur les réseaux sociaux concernant la possible campagne électorale, des gens se demandent si le mi-trentenaire est « assez fort » pour devenir maire, puisqu’il a eu un épuisement professionnel. Comme si son épuisement était le signe d’une faiblesse chez lui, qu’il n’avait pas les reins assez solides. 

Pas un signe de faiblesse

Cela démontre à quel point il y a encore une méconnaissance entourant la santé mentale. Si le politicien avait dû se retirer parce qu’il s’était cassé un fémur, personne n’aurait remis en question la solidité de ses os. Ça peut arriver à n’importe qui, une blessure. Un épuisement professionnel, ça peut aussi arriver à n’importe qui.

Il a certes souligné la pression qui vient avec le rôle politique, mais il a aussi dit qu’il était une personne « intense » qui a l’habitude de s’impliquer sans se ménager. En parlant de son retour, le conseiller évoque une leçon qu’on apprend à la dure avec un épuisement professionnel : on ne peut pas tout faire.

Vivre un épuisement professionnel, ou un burn-out, ce n’est pas le signe d’une faiblesse ou d’une incapacité à assumer des responsabilités, c’est plutôt le signe d’en avoir trop fait pendant trop longtemps. 

L’épuisement arrive selon différents contextes. Lorsqu’un employeur en exige beaucoup trop à son personnel, comme on peut voir en santé, par exemple. Il y a aussi des environnements de travail qui sont dévalorisants ou qui grugent l’estime personnelle. Et il y a de ces emplois où une grande vocation pousse une personne à faire 60 ou 70 heures par semaine sans s’en rendre compte — sans aucune heure supplémentaire rémunérée. La politique est en plein ce genre d’environnement.

Il n’y a pratiquement jamais de fins aux dossiers, il y en a toujours de nouveaux qui s’empilent. Difficile de réellement décrocher, parce que c’est plus qu’un emploi, c’est une responsabilité, un mode de vie. N’importe qui peut t’interpeller sur des sujets, les soirs et les fins de semaine. En fait, la notion même de fin de semaine en prend pour son rhume. 

C’est difficile pour les politiciens et les politiciennes de diviser vie personnelle et vie professionnelle. Il y a toujours quelque chose de plus à faire. Le travail devient facilement invasif. Peu importe nos opinions sur les politiciens et politiciennes et leurs idéaux, la majorité le font par conviction, pour servir leur communauté, et débordent amplement de l’habituel 40 heures par semaine. 

Du courage

J’ai fait un burn-out en 2018. Ça faisait quelques années que j’accumulais un travail à temps plein exigeant (morning man), puis des contrats comme journaliste indépendant, des contrats d’animation, en plus de mes implications bénévoles au sein de différents organismes. Le burn-out m’est rentré dedans solide. 

Ce n’était pas un problème de faiblesse, c’était un problème de vouloir en faire trop et de mal canaliser ma passion. Ma relation avec le travail est plus saine depuis mon burn-out. C’est plate d’avoir appris ma leçon de cette façon, mais maintenant que je sais mieux concentrer mon énergie, je suis plus efficace dans les mandats que j’accepte. Apprendre à ne plus être à la course m’a rendu plus solide. Il y a des contextes malsains que je ne veux plus jamais revivre et c’est une bonne chose pour ma santé mentale. 

Est-ce que Vincent Boutin ferait un bon maire? Peut-être que oui, peut-être que non, il faudrait plus parler de ses idées politiques pour en juger. Est-ce que son épuisement professionnel remet en question ses capacités? Non. Est-ce un problème pour devenir maire? Non. 

On aura l’occasion de reparler de ses idées politiques s’il décide de se présenter à la mairie, mais concernant son épuisement professionnel, Vincent Boutin a démontré plus de courage que de faiblesse. 

Il a ouvertement parlé de son épuisement, même s’il savait probablement que pour certaines personnes, c’est vu comme une faiblesse. Il y a encore bien du monde qui cache ça à leurs proches, tristement pris dans une honte qui ne devrait pas exister. Plusieurs personnes endurent ces situations par méconnaissance, parce qu’elles ont peur de laisser tomber les autres ou justement pour ne pas subir le jugement des autres. Savoir reconnaître son épuisement et prendre du temps pour se soigner, c’est plutôt responsable.

Parler publiquement d’un épuisement, ça demande du cran. Le politicien a peut-être aidé bien du monde en parlant de son expérience et pour ça, non seulement je lui lève mon chapeau, mais j’estime que ça témoigne d’une certaine force. 

En soulignant l’épuisement professionnel de quelqu’un, on ne remet pas en doute ses capacités, on ne fait qu’alimenter les préjugés sur la santé mentale.